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Burkina/Sécurité nationale : « Les jeunes peuvent apporter leur expertise technologique pour détecter et prévenir les cyberattaques », Gérald Yirga

jeudi 23 mai 2024

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Le responsable de la sécurité des systèmes d’information à la Brigade centrale de lutte contre la cybercriminalité (BCLCC), Gérald Yirga, a présenté une communication sur la thématique : « Sécurité nationale : défis majeurs, rôle de la BCLCC et place de l’IA ». À travers son exposé du 4 mai 2024, monsieur Yirga a montré comment les jeunes pouvaient contribuer de par leur expertise technologique, à la sécurité nationale. C’était lors de la Collaboration avec les experts en intelligence artificielle et sécurité nationale (CoLExp), initiée par l’incubateur digital de l’Université Joseph Ki-Zerbo (UJKZ).


Gérald Yirga a entamé son intervention en définissant le concept de sécurité nationale. Ce terme dit-il, fait référence à la protection et la préservation des intérêts vitaux d’un État ou d’un pays contre diverses menaces internes et externes. Ces intérêts vitaux poursuit-il, peuvent être essentiellement l’intégrité du territoire, la sécurité des citoyens et la protection du cyberespace, c’est-à-dire la lutte contre la cybercriminalité.

Les défis majeurs de la sécurité nationale

Concernant les enjeux actuels de la sécurité nationale, monsieur Yirga explique qu’il en ressort deux défis majeurs que sont la sécurité physique du territoire et la protection du cyberespace. « Comme sécurité territoriale, il faut noter que les défis majeurs restent les menaces traditionnelles et asymétriques, à savoir le terrorisme, la criminalité organisée, l’insécurité transfrontalière avec l’augmentation des flux migratoires et des trafics illicites de drogues », fait-il savoir.

Il souligne que les organismes chargés de gérer cette dimension de la sécurité nationale, sont essentiellement les forces armées, les agents de sécurité intérieure, et les services de police. Quant aux défis majeurs du cyberespace, le responsable de la sécurité des systèmes d’information à la BCLCC, relève qu’il s’agit des cyberattaques, la protection des données et le cyber espionnage. La responsabilité de cette dimension de la sécurité nationale, selon Gérald Yirga, est confiée à l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI), la Commission de l’informatique et des libertés (CIL) et la BCLCC.

« Comme exemple de défis majeurs liés à cybercriminalité, il faut noter que de février 2020 jusqu’au 31 décembre 2023, la BCLCC a enregistré 9 841 plaintes, pour un préjudice global d’environ 5 milliards de francs CFA », a relevé monsieur Yirga.

L’implication citoyenne dans la sécurité nationale

Face à tous ces défis évoqués, l’implication citoyenne dans la sécurité nationale s’avère alors nécessaire. Ainsi, l’expert en cyber sécurité affirme que les citoyens peuvent contribuer à renforcer la sécurité nationale, à travers la surveillance communautaire. Cela consiste, pour monsieur Yirga, à surveiller son environnement en signalant les activités suspectes aux autorités compétentes. Ce qui permettra une détection précoce des potentiels menaces, soutient-il. « Cela signifie que de nos jours, la sécurité nationale n’incombe pas seulement qu’aux militaires, policiers et gendarmes, mais est devenue aujourd’hui, une affaire qui concerne tout le monde. Que nous soyons étudiants ou professionnels, nous devons contribuer à renforcer la sécurité nationale, à travers des actions de surveillance », a-t-il insisté.

Monsieur Yirga ajoute également que les citoyens peuvent contribuer à renforcer la sécurité nationale, en collaborant avec les autorités. De son point vue, les citoyens peuvent fournir des informations précieuses aux forces de sécurité pour lutter efficacement contre les crimes, notamment dans la lutte contre le terrorisme. Ils peuvent aussi contribuer à renforcer la sécurité nationale, renchérit l’expert, par l’éducation et la sensibilisation des membres de leurs communautés.

La place de l’IA dans la sécurité nationale

Concernant la place de l’intelligence artificielle dans la sécurité nationale du Burkina Faso, Gérald Yirga confie que l’IA est utilisée pour la surveillance du territoire et la détection, l’analyse des données, la prédiction et prévention, ainsi que le développement de solutions innovantes. « Au niveau de la surveillance et détection, il faut souligner qu’il y a des drones équipés de systèmes d’IA qui sont utilisés pour surveiller les frontières, détectant automatiquement les mouvements suspects et les intrusions illégales.

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Ces caméras intelligentes, permettent également, à en croire l’expert, de procéder à des recherches ciblées. Elles servent aussi, commente monsieur Yirga, à faire l’analyse des données. Afin de mieux se faire comprendre, le conférencier donne un exemple. « Supposons qu’à l’entrée de la ville de Ouagadougou, on signale qu’il y a un individu suspect qui est en train de s’introduire dans la capitale. Une fois sa plaque d’immatriculation enregistrée par les caméras, nous avons la possibilité de prendre ses références que nous introduisons dans la base de données qui se charge de faire l’analyse pour retrouver l’individu en question », a-t-il montré.

S’agissant des prédictions et préventions, Gérald Yirga révèle que les modèles prédictifs basés sur l’IA, analysent les données pour anticiper les zones à risque de criminalité ou de troubles civils, permettant aux forces de l’ordre de renforcer la présence sécuritaire.

IA et cybercriminalité

Parlant de l’intelligence artificielle et la cybercriminalité, monsieur Yirga mentionne que l’IA est devenue un outil à double tranchant. Car elle peut être, étaye-t-il, utilisée pour développer des attaques plus sophistiquées et ciblées : plus besoin d’être forcément un expert en codage et réseau. Selon monsieur Yirga, l’IA permet de nos jours, aux cybercriminels de pouvoir détecter rapidement et d’exploiter de nouvelles vulnérabilités dans les systèmes informatiques, grâce à des techniques comme l’apprentissage automatique. L’IA permet aussi aux cybercriminels, argumente-t-il davantage, de combiner différentes techniques d’attaque, telles que l’ingénierie sociale, les logiciels malveillants et les attaques par force brute.

Ce, en vue de créer des attaques multifactorielles, complexes et difficiles à contrer. Il mentionne en outre, que l’IA peut être utilisée pour la création de contenus trompeurs, à savoir de fausses images, des vidéos “deepfake’’ ou des articles de presse générés automatiquement. « Ces éléments peuvent contribuer à la désinformation ou à tenir l’image où la réputation d’une personne et même d’une entreprise », a-t-il averti.

Cependant, elle a de nombreux avantages tels que le renforcement des systèmes de sécurité et la détection des menaces plus rapidement et avec une plus grande précision, a-t-il précisé.

« Les systèmes d’IA détectent les comportements malveillants en analysant les données pour identifier les anomalies dans le trafic réseau, les actions d’utilisateurs inhabituels et les signatures de logiciels malveillants.
Pour ce qui est de la prévention des attaques, l’expert en cyber sécurité signale que les systèmes de sécurité peuvent identifier les vulnérabilités dans les systèmes informatiques, les applications…, afin de prendre des mesures pour les corriger avant qu’elles ne soient exploitées par des cybercriminels. À cela s’ajoute la réponse aux incidents, développe monsieur Yirga.

À ce niveau, Gérald Yirga déclare en effet, que grâce à l’IA, les équipes de réponse aux incidents analysent, trient les données des journaux, priorisent les alertes et émettent des recommandations pour contrer les menaces actuelles.

Le lien étroit entre l’IA et la cybercriminalité.

Il a expliqué que si l’IA est un outil puissant pour lutter contre la cybercriminalité, elle est également utilisée par les cybercriminels pour mener des attaques sophistiquées. Les techniques de phishing automatisé, les logiciels malveillants adaptatifs et les deepfakes sont autant d’exemples de l’utilisation de l’IA par les malfaiteurs. Cette dualité pose un défi majeur pour les forces de l’ordre, qui doivent constamment adapter leurs stratégies pour contrer ces nouvelles menaces.

Contribution des jeunes entrepreneurs

Pour conclure, Gérald Yirga souligne l’importance de l’implication des jeunes entrepreneurs dans la lutte contre la cybercriminalité. Il a encouragé ces derniers à utiliser leurs compétences en IA pour développer des solutions innovantes de cyber sécurité. Il a évoqué des initiatives de collaboration entre les institutions publiques et les start-up technologiques, visant à créer un écosystème dynamique où l’innovation peut prospérer et contribuer à renforcer la sécurité nationale.

« Les jeunes entrepreneurs peuvent apporter leur expertise technologique en développant des outils de détection et de prévention des cyberattaques en intégrant l’IA. Ils peuvent aussi collaborer avec la BCLCC pour sensibiliser le public aux risques liés à la cybercriminalité, et promouvoir les bonnes pratiques de sécurité en ligne, contribuant ainsi, à renforcer la sécurité numérique sur le plan national », a-t-il interpellé.

Monsieur Yirga a notamment annoncé que le gouvernement est ouvert à recevoir les propositions des jeunes entrepreneurs visant à renforcer la sécurité nationale.
La communication de Gérald Yirga à l’occasion du CoLExp a mis en évidence les défis complexes de la sécurité nationale à l’ère de l’IA, le rôle crucial de la BCLCC dans ce contexte, et le potentiel énorme des nouvelles technologies et des jeunes entrepreneurs pour relever ces défis. Son intervention a été un appel à l’action pour une collaboration étroite entre tous les acteurs de la société afin de garantir un avenir sécurisé et prospère.

Hamed Nanéma
Lefaso.net

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