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Burkina/Médias : « Je suis venue dans le journalisme sportif par curiosité », dixit Christelle Paré, journaliste sportive à la RTB-télé

mercredi 22 mai 2024

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Titulaire d’une maîtrise en journalisme de l’université de Ouagadougou et d’un diplôme d’Etat de conseiller en sciences et techniques de l’information, la journaliste sportive de la RTB-télé Christelle Paré fait aussi un master 2 en gouvernance et développement. Un domaine différent du journalisme. Celle qui envisage de quitter le journalisme en embrassant un autre domaine, nous parle de son parcours, de ses expériences et de ses ambitions. Même si la passion est née chemin faisant, l’ancienne élève du lycée provincial de Koudougou et du collège Sainte Monique, confie être venue dans le journalisme sportif par curiosité. Interview !


Lefaso.net : Quel est votre parcours ?

Christelle Paré : Après mon baccalauréat série “A” obtenu au lycée provincial de Koudougou, je suis venue à Ouagadougou pour m’inscrire en droit. Comme j’avais eu le bac avec la mention, on nous avait donné l’avantage de nous inscrire d’abord. C’est lors de l’inscription que j’ai vu la note du test de recrutement de communication et journalisme de l’université de Ouagadougou. J’ai passé le test et j’ai été retenue. Quand je rédigeais mon mémoire de fin de cycle, j’ai décidé de venir faire un stage à la RTB-télé pour me relancer et en profiter pour faire des recherches. En son temps, l’ambassadeur Philippe Sawadogo, ministre de la communication, venait de rentrer au pays. Il a annoncé sa volonté de rajeunir la télévision du Burkina. Il disait que la télé devrait refléter la population du Burkina qui est en majorité jeune. C’est ainsi que j’ai eu la chance d’être coptée pour cet objectif de rajeunissement au niveau de l’antenne. Après ma soutenance de maîtrise, j’ai aussi obtenu un diplôme d’Etat de conseiller en sciences et techniques de l’information à l’ISTIC. Actuellement, je fais un master 2 en gouvernance et développement.

Généralement, les femmes ne s’intéressent pas beaucoup au sport. Comment vous vous êtes retrouvée au sport ?

Quand nous sommes arrivés à la télévision avec le projet du ministre, c’était pour présenter le Journal télévisé (JT). Après, il a aussi eu l’idée de féminiser le sport comme ce qui se passait en Europe. Et il a essayé de reproduire cette pratique au Burkina. C’est ainsi que nous avons été approchée. Nous étions trois. Il s’agit de Octavie Ouédraogo, Ruth Bini Ouattara et moi-même. Nous avons accepté de nous lancer . Quand j’étais à l’université, j’avais fais un exposé sur les femmes dans les rédactions. Quand j’ai fait le tour des rédactions, j’ai remarqué qu’il n’y avait pas de femmes dans les desks sports et politiques. Donc cette proposition était pour moi, un défi qu’il fallait relever après avoir fait le constat. On voyait les femmes sur Info sport, en France, qui présentaient mais ici au Burkina et même dans la sous-région, ce n’était pas le cas. Je peux dire que le Burkina a été pionnier en la matière.

A vous entendre, vous n’êtes pas venue dans le journalisme sportif par vocation mais plutôt de façon aléatoire alors ?

Nous sommes venues parce qu’on nous a donné la chance de venir. Quand j’étais à l’université, j’étais responsable de desk économie [au sein du journal école]. Le sport, je le regardais à la télé comme tout le monde mais je ne savais pas que j’allais en parler après. Je vous informe aussi que j’ai pratiqué le handball au collège. C’était une opportunité le fait de nous faire cette proposition. Autre chose, il n’y avait pas de modèle dans ce milieu, de visage féminin au sport qui nous inspirait. Je suis venue par curiosité dans le journalisme sportif. Après, j’ai aimé le milieu grâce aux enjeux et la passion que le sport dégage.

Certaines de vos collègues que vous avez citées ont jeté l’éponge par la suite pour aller voir ailleurs. Comment avez-vous pu vous imposer dans ce milieu qui est très souvent la chasse gardée des hommes comme vous avez eu à le dire ?

Quand vous êtes des femmes et surtout pionnières, vous subissez tout. C’est comme aller dans une forêt vierge, il faut débroussailler et en le faisant, on peut être confronté à tout, à tous les dangers. Il faut faire preuve de patience, d’humilité pour que les choses se passent bien. Mais je me dis que les deux sont parties pour relever d’autres défis ailleurs. C’est cela aussi l’être humain.

Est-ce qu’il vous est arrivé une fois de regretter votre choix au point de vouloir abandonner le journalisme sportif ?

Pas une seule fois mais plusieurs. Souvent pour le commun des mortels, le fait même d’être femme, on estime que tu n’as même pas ta place là-bas. Dans toutes les rédactions, il y a des femmes. Le sport c’est comme si c’était le dernier bastion de la masculinité. Cela ne facilite pas les choses. Et il y a des moments où on se remet en cause. Il y a des moments, je finis un travail et je me demande qui m’a amené ici ? Pourquoi je suis toujours là ? Pourquoi ne pas aller voir ailleurs ? Il faut que les jeunes filles aient des modèles. Si tu abandonnes dès le départ, on peut donner raison à ceux qui pensent qu’on n’allait pas y arriver. Ils diront qu’elles ne sont pas courageuses et téméraires pour tenir et que ce n’est pas leur place. Je veux juste dire que c’est un milieu où on peut juste s’adapter. Je pense que j’ai assez duré. 17 ans, ce n’est pas petit. Faut-il aller voir ailleurs si l’herbe est un peu verte ou pas ?

Est-ce que vous envisagez d’aller voir ailleurs comme vous dites ?

Bien-sûr ! C’est pour cela je fais un master qui n’a rien à voir avec la communication pour juste ouvrir mes horizons.

Vous partez parce que c’est chaud ou par conviction ?

Pas du tout. La période où c’était chaud est passée. Maintenant, les femmes sont de plus en plus acceptées dans le milieu des sports. Je veux juste partir pour élargir mes horizons comme je vous le disais.

Avez-vous eu des rôles modèles dans le milieu du journalisme ?

J’aimais bien suivre Claire Chazal sur TF1 et Carole Gaessler au niveau de France 2. Ici aussi, il y a des journalistes qui m’ont inspirés. Il y a Yacouba Traoré, Vanessa Touré, Benjamine Douamba, Alexis Konkobo et d’autres. Ils étaient des modèles de journalistes pour nous.

Quels sont les grands évènements que vous avez eu à couvrir ?

J’ai couvert la Coupe d’Afrique des nations (CAN) deux fois. J’ai couvert aussi la coupe du monde des cadets en 2009 au Nigéria. J’ai également participé aux éliminatoires de la coupe du monde 2010, le championnat du monde junior en handball en 2017, en Algérie. J’en ai beaucoup fait.

De toutes ces expériences, laquelle ou lesquelles vous a le plus marquée ?

C’est quand on se préparait pour la coupe du monde 2010. Nous étions allés suivre un match France vs Roumanie, l’ambiance sur le terrain m’a beaucoup plue. Cela n’avait rien à voir avec l’ambiance que nous vivons ici. On voit des gens qui ne regardent pas le match mais qui sont dans les tribunes pour enflammer les autres. C’était la première fois que je voyais cela. L’organisation de manière générale de cette compétition était impeccable. Une fois aussi, j’avais accompagné l’ASFA Yennega en Algérie. Je me suis retrouvée la seule femme dans le stade, il n’y avait aucune autre femme à part moi. J’avais pris un peu peur. Ce métier, il est à la fois exaltant, passionnant parce qu’on découvre beaucoup de choses. On apprend beaucoup sur le monde. Et cela change la vison des choses. Avec tous ces voyages, on se rend compte que dans la vie, il faut être humble, modeste.

Quelle appréciation faites-vous de la présence des femmes dans le journalisme sportif au Burkina ?

Nous sommes la génération pionnière. Ceux qui nous ont envoyés, si vous leur demandez, ils vous diront qu’on leur a dit au départ d’enlever les filles au niveau du sport parce qu’elles ne savent rien ou qu’elles sont venues pour gâter le football. Il y a des gens qui ont dit que depuis que nous sommes là, les Etalons n’ont plus de bons résultats. Nous avons entendu beaucoup de choses. Je connais beaucoup de filles, au départ, qui se sont essayées au journalisme de sport et qui ont abandonné par la suite. Vous savez, quand une fille fait une erreur, c’est amplifié par rapport à un homme. C’est comme si on veut que tu sois infaillible alors que nul n’est infaillible. Des erreurs, ça peut arriver mais quand c’est une femme, on la brandit pour dire qu’ils avaient dit que ce n’est pas la place des femmes. Mais de plus en plus, dans les écoles de formation, je suis contente parce que je constate qu’il y a beaucoup de fille qui s’intéressent au sport. Cela me rend heureuse et me donne beaucoup de courage. Au départ, les filles qui venaient en stage ici, elles fuyaient après. Maintenant, elles viennent et elles y restent. Je pense que les femmes vont prendre leurs marques dans le journalisme sportif.

Vie conjugale et professionnelle, ce n’est pas facile n’est-ce pas ?

Je rends grâce à Dieu parce que j’ai eu un mari, un époux qui me comprend. On s’est connu avant que je ne devienne journaliste. Il savait que je me destinais à cette profession. Il me comprend très bien. La dernière fois, j’ai fait presqu’un mois à Abidjan en Côte d’Ivoire pour la CAN et c’était la même chose aussi au Cameroun. C’est lui qui s’occupait des enfants. Je sais que ce n’est pas facile mais je rends grâce à Dieu de m’avoir mise sur la route d’un homme qui me comprend très bien. Quand vous vous comprenez, il est plus facile de surmonter les difficultés qui se présentent à vous. Je me rappelle quand nous étions à l’université, le Pr Serges Théophile Balima, disait aux femmes qui avait fait l’option journalisme qu’il va falloir que leur mari épouse aussi leur métier. Vous imaginez une femme de foyer qui va faire presqu’un mois dehors avec tout ce qui se dit, ce n’est pas simple.

On voit rarement, sinon même pas, les journalistes sportives burkinabè commenter les matchs en direct. Comment pouvez-vous expliquer cela ?

Moi je l’ai déjà fait. A la coupe du monde 2009 des cadets, j’ai eu à commenter en direct. Je le faisais ici au départ mais après je n’ai pas compris ; on nous a enlevé sans explication. Mais il faut savoir aussi qu’il n’y a pas beaucoup de matchs à commenter parce que nous ne faisons pas du direct pour le championnat. Donc, il n’y pas assez de plages pour faire beaucoup de direct. Il y a des hommes aussi qui n’ont jamais fait le direct. C’est peut-être la possibilité, sinon les femmes font de plus en plus les commentaires.

Votre mot de la fin…

J’espère que beaucoup de filles viendront dans le milieu sportif. Je leur dit de ne pas avoir peur. Comme l’a dit un journaliste français, « la rédaction sport est la meilleure des rédactions. C’est là où on apprend le mieux ».

Interview réalisée par Serge Ika Ki
Lefaso.net

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