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FILEP 2009 : Plaidoyer pour la dépénalisation des délits de presse

mardi 10 novembre 2009

Le Festival international de la liberté d’expression et de presse, édition 2009, dont le thème cette année était "Sauver la liberté de presse pour renforcer la démocratie", a fermé ses portes le samedi 7 novembre 2009. Pendant quatre jours (4 au 7 novembre), des journalistes venus de toutes les régions d’Afrique ont fait l’état de la liberté d’expression et de presse sur le continent.


Le constat est que depuis la conférence de Windhoek en 1991, 144 journalistes ont perdu la vie dans l’exercice de leur fonction. Aussi, de nombreuses recommandations ont été faites pour une liberté totale de la presse.

Les rideaux sont tombés sur le Festival international de la liberté d’expression et de la presse (FILEP). Venus de toutes régions d’Afrique, les participants se sont penchés sur "L’état de la liberté d’expression et de la presse en Afrique". Les faits marquants de cette troisième édition du FILEP sont sans doute les recommandations relatives à l’institutionnalisation de l’événement avec la mise en place d’un secrétariat permanent et l’appel lancé par les organisations professionnelles des médias pour la dépénalisation des délits de presse. Le président international de l’Union de la presse francophone, Alfred Dan Moussa, au nom de ces organisations, avait, à l’ouverture des travaux du colloque, donné le ton.

"Nous ne revendiquons pas le droit d’être au-dessus des lois. Ni aujourd’hui, ni demain. Jamais nous ne revendiquons le droit d’être au-dessus des lois. Nous revendiquons le droit d’être sanctionnés si nous avons commis un délit de presse... nous préférons les sanctions pécuniaires raisonnables à la peine privative de liberté...", avait-il lancé à l’ouverture du colloque. Cette recommandation a paru nécessaire aux participants du fait de l’insécurité dans laquelle vivent les journalistes dans de nombreux pays africains (Somalie, Gambie, Niger, Nigeria, Guinée, Sénégal...). Ainsi, il est recommandé à l’Union africaine d’inclure la liberté d’expression et de presse parmi les critères du Mécanisme africain d’évaluation par les pairs (MAEP).

Aux Etats africains, il leur est demandé de mettre leurs instruments juridiques et réglementaires en conformité avec les principes et standards internationaux, d’abroger les dispositions imprécises comme les fausses nouvelles, l’offense à chef d’Etat qui empêche toute critique à l’endroit du pouvoir et des hommes politiques, de supprimer les peines privatives concernant les délits de presse.

Les organisations de défense de droits de l’homme et de journalistes doivent œuvrer à la mise en place de partenariat pour une plus grande synergie d’actions, à l’abrogation des textes juridiques et réglementaires contraires aux principes de la liberté d’expression et de presse. Ils doivent mettre en place des mécanismes de soutien et de défense des journalistes emprisonnés dans le cadre de l’exercice de leur métier.

Deux recommandatons spéciales

Les participants ont fait deux recommandations spéciales se rapportant à la création d’un comité d’experts pour l’élaboration d’un document stratégique en vue de la rédaction d’une charte de la presse en Afrique et de la mise en œuvre des projets de viabilisation économique des médias et l’institutionnalisation du FILEP et la mise en place d’un secrétariat permanent. De même, ils ont pris une résolution invitant l’Union africaine à élaborer et à faire adopter dans les plus brefs délais, un protocole additionnel à la charte africaine des droits de l’homme relatif à la liberté d’expression et au droit d’accès à l’information en Afrique. Les participants, dans cette résolution, exhortent les instances de l’Union africaine à impliquer dans le processus d’élaboration du protocole, les organisations de la société civile et particulièrement celles qui défendent la liberté d’expression.

Sebgo d’or à Anas Aremeyaw

L’un des trois panels du colloque a porté d’ailleurs sur le droit d’accès à l’information. Il est ressorti de ce panel que cette question trouve son fondement dans la gouvernance. Pour les panélistes, on ne peut parler de la bonne gouvernance sans traiter la question du droit d’accès à l’information. Très peu de constitutions en Afrique accordent, selon eux, expressément une place au droit d’accès à l’information. Seuls des pays comme l’Afrique du Sud, l’Ouganda, le Mali... l’ont prévu.
La constitution burkinabè par exemple garantit aux citoyens le droit à l’information mais aucune loi spécifique ne contraint l’Etat à respecter cette disposition. Seulement, les articles 49 et 50 du code de l’information évoquent de façon évasive le droit d’accès à l’information.

Au Cameroun, plusieurs textes existent dont notamment les lois relatives à la communication sociale, à la décentralisation, à la gestion de l’environnement. En Afrique du Sud, la loi donne un délai de 30 jours pour fournir l’information et chaque administration est tenue de faire un rapport sur l’application de cette disposition. Journalistes, rédacteurs en chef et politiques sont en étroite collaboration pour défendre ce droit établi. Malgré cette avancée, de nombreux obstacles à l’application des textes tels l’obligation de réserve, le formalisme de l’écrit, la culture du secret et du mystère dans l’administration, le manque d’intérêt de la part des principaux bénéficiaires que sont les journalistes, l’analphabétisme, le coût d’accès à l’information, demeurent.

Les participants sont donc parvenus à la conclusion qu’il faut œuvrer au respect des dispositions favorables, de publier les lois, de promouvoir une culture juridique à l’accès à l’information auprès du citoyen...

Au cours de ce troisième FILEP, le prix international Norbert Zongo a été remis aux lauréats au cours d’une soirée de gala au mess des Officiers le vendredi 6 novembre 2009. C’est le Ghanéen Anas Aremeyaw de "The New Crusading Guide" qui a remporté le Sebgo d’or d’une valeur d’un million de F CFA plus un trophée et une attestation. En catégorie presse écrite, c’est également lui qui a remporté le prix d’une valeur d’un million de francs CFA. Le jury, présidé par Sophie Ly, a voulu récompenser et saluer le courage et le travail d’investigation que le journaliste a menés pendant six mois au cœur de la mafia chinoise du sexe dans son pays. Le prix d’encouragement d’un montant de 500 000 francs CFA a été décerné au Nigérian Emmanuel Mayah du "Daily" pour ses enquêtes sur la contrebande du tabac en Afrique de l’Ouest.
En catégorie radio, c’est Zénabo Tarpilga de la Radio nationale du Burkina Faso qui a remporté le prix d’une valeur d’un million de francs CFA pour son enquête réalisée sur la prostitution des filles mineures à Ouagadougou.

Les lauréats du concours de photo, de caricature et peinture ont été révélés également au cours de ce gala. Le jury présidé par Sibiri Kam, président de la Ligue pour la défense de la liberté de la presse a décerné le premier prix à Ahmed Ouoba de Sidwaya pour la photo d’un vieillard écoutant une radio. Le deuxième prix est revenu à Emmanuel Ilboudo de l’Observateur Paalga avec une photo du ministre Alain Yoda face à des journalistes. En caricature, le premier prix a été décroché par Joël Salo de Bendré et le deuxième prix est allé à Michel Goma du mensuel l’Essentiel. La présidente du Conseil supérieur de la communication, Béatrice Damiba, a félicité les lauréats pour la qualité du travail fait. "L’investigation est un genre qui demande rigueur et investissement personnel. C’est dans ce genre que beaucoup de journalistes trouvent la mort. L’investigation nécessite une dose d’engagement et la conviction en des valeurs. Le hasard a voulu que deux œuvres traitant de la prostitution soient distinguées. Mais ce sont des œuvres dont l’intérêt social est incontestable...", a-t-elle dit.

Etienne NASSA (partena@yahoo.fr)
Sidwaya

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