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Le ministre du Développement de l’Economie numérique et des Postes, Dr Nébila Amadou Yaro sur les TIC : « Notre pays a accusé un retard important en matière d’investissements »

lundi 28 décembre 2015


Dr Nébila Amadou Yaro est à la tête du ministère du Développement de l’Economie numérique et des Postes, département qu’il a piloté durant les treize mois de Transition politique au Burkina Faso. Dans l’interview qui suit, il scrute sans complaisance le secteur des TIC et des Postes au Burkina. Entre bilan et perspectives, Dr Yaro dévoile.

Lefaso.net : A quelques heures de la fin de la Transition, quel bilan peut-on dresser de votre passage à la tête du ministère du Développement de l’Economie numérique et des Postes ?

Dr Nébila Amadou Yaro : Les TIC (Technologies de l’information et de la communication, ndlr) sont un secteur porteur de croissance, un secteur qui soutient les autres secteurs de manière générale. Nous nous sommes donc, à notre arrivée, attelés à stabiliser un peu ce concept et surtout à l’approfondir pour le développer davantage. Pour venir directement à votre question, je vais situer la réponse à deux niveaux. Le premier niveau, ce sont les acquis que nous avons eus dans ce que nous appelons une meilleure gouvernance des secteurs des TIC et de la Poste. De ce point de vue, je vais d’abord citer l’adoption d’une politique sectorielle de l’économie numérique et des Postes. C’est une politique sectorielle qui a été adoptée en octobre 2015, suite à un large débat que nous avons eu et qui constitue une avancée majeure dans le pilotage du ministère. C’est un document de planification officiel des actions du ministère qui a fait défaut, entre 2010 et 2015. Je pense donc que c’est vraiment un élément important. Le deuxième élément (acquis), c’est la tenue des premières assises nationales sur l’économie numérique (en novembre 2015) sur la place et les enjeux de l’économie numérique au Burkina. Ça a été une opportunité d’échanges autour des problématiques communes entre partenaires du secteur public, du privé, de la société civile, des opérateurs de téléphonies mobiles, bref entre tous les acteurs de l’économie numérique. Ce qu’on peut retenir de ces assises, c’est que le domaine des TIC doit être un domaine prioritaire, à même d’être un soutien à l’activité économique dans son ensemble. Le troisième acquis que l’on peut citer (toujours dans le chapitre de la gouvernance des TIC et des Postes), c’est l’organisation d’un concours de détection de talents dans le domaine des TIC que nous avons appelés « Imagine Cup » et « GenieTIC » qui nous a permis de détecter de jeunes talents en matière de TIC. Parmi ces jeunes que nous avons primés, cinq ont déjà créé leurs entreprises, ont même recruté, et deux sont sur le front international avec des marchés en Côte d’Ivoire, au Togo et au Bénin.
Je peux également citer la connexion des chefs-lieux de provinces au réseau informatique national qu’on appelle le ‘’RESINA’’. Dans le cadre de l’extension du réseau informatique national, trois chefs-lieux de provinces à savoir Gaoua, Manga et Tougan ont été connectés au réseau ‘’RESINA’’ en plus donc des localités couvertes au cours de l’année 2014. Les services de ces chefs-lieux pourront désormais avoir accès au ‘’RESINA’’ pour exploiter les applications-métiers de l’administration publique et à la connexion Internet. Dans ce même volet, on peut noter que 30 nouveaux bâtiments publics ont été raccordés au ‘’RESINA’’ à Ouagadougou.
Un autre point, c’est la mise en place du premier point d’échanges Internet au Burkina. Ce site va permettre de fluidifier davantage le trafic Internet dans notre pays. L’initiative a également permis la création effective de l’association ‘’point d’échanges Internet’’qui est une organisation qui va gérer donc ce point d’échanges et qui réunit l’administration publique, les opérateurs de téléphonies mobiles, les associations de consommateurs etc. C’est une avancée notable qu’il faut également relever.
Il y a également la mise en place d’un Système Intégré de Gestion de l’indentification électronique de la personne au Burkina. Un atelier international a été organisé à cet effet à Ouagadougou (en mai) ; ce qui a permis de faire l’état des lieux et d’évaluer l’existant pour la mise en œuvre de l’identifiant unique du citoyen, sur les besoins et la définition du nouveau système et de définir le plan de mise en œuvre détaillé.

On peut aussi citer la mise en œuvre de l’initiative ‘’OPEN DATA BURKINA’’, un élément essentiel que nous avons mis en place et qui participe de la transparente que nous voulons, dans les administrations publiques, dans les décisions et cela a permis de mettre en place donc la « Plateforme open data élections » qui a permis de crédibiliser davantage les élections et d’avoir en temps réel, les résultats des élections du 29 novembre2015.
Sur le plan des TIC, mais le volet postal, on peut noter l’extension et la modernisation du réseau postal. Dans ce cadre, on peut noter que 71 agences de la SONAPOST (Société Nationale des Postes, ndlr) ont été connectées au réseau informatique, la construction de bureaux et surtout la réflexion qui est menée sur le devenir même de la SONAPOST, de l’activité postale de manière générale. Nous sommes tombés d’accord qu’il faut moderniser les installations, surtout avoir un peu plus d’avance en créant par exemple un système financier décentralisé ; parce qu’aujourd’hui, la poste collecte de l’argent mais elle ne peut pas donner de crédits aux gens et je pense qu’il faut réfléchir sur la question.
Le deuxième axe de bilan qu’on peut faire est celui lié à la gouvernance interne du ministère et de ce point de vue, on peut relever l’audit organisationnel et fonctionnel du ministère qui nous a permis de voir les points forts et les points faibles du département ; en termes de ressources humaines, de moyens et des propositions ont été faites pour avancer. Il y a eu également la création de cellules anti-corruption, une dans les services centraux du ministère, une à la SONAPOST et une autre à l’ANPTIC (Agence nationale de promotion des TIC, ndlr) pour participer à la lutte contre la corruption de manière générale dans l’administration. Nous avons également procédé à la description des fiches du poste du ministère ; cela est très important parce que nous sommes dans un domaine où les technologies avancent énormément. Donc, il faut que les ressources humaines suivent également l’élan. Mais, on ne peut pas faire un plan de formation sans définir les postes de travail, et aujourd’hui, nous l’avons et savons qui mettre à quelle place ; ce qui va permettre de mieux mettre en place un plan triennal de formation du personnel et les notations seront plus objectives (moins subjectives). Nous avons également été amenés à mettre en place, une comptabilité-matière au sein du ministère ; ce qui est important pour la gouvernance des Biens du ministère et cela a permis de faire un inventaire des Biens (mobiliers et immobiliers), de sorte qu’aujourd’hui nous savons exactement de combien de Biens nous disposons. Nous avons aussi procédé à l’élaboration d’un plan opérationnel de communication ; c’est important d’avoir un plan de communication très précis qui permet d’avoir une lisibilité de nos actions. Cela s’est aussi traduit par la parution régulière de notre journal interne « Gambré » et la réalisation de l’émission de télévision « Connexion » qui a lieu de manière régulière. Je dois aussi citer la numérisation des archives du ministère ; parce que nous sommes un ministère des TIC, donc il est incompréhensible que l’on se retrouve avec des papiers… Cela a été quelque chose de très important qui commence à inspirer les autres ministères et certains mêmes nous demandent de venir les aider à numériser leurs documents. Enfin, chose très importante également, on peut noter l’amélioration du climat social au sein du ministère ; nous nous sommes attelés à cela, en organisant deux assemblées générales du personnel où tout le monde a été présent et a pu prendre la parole pour évoquer les difficultés. J’ai également rencontré dans cet ordre d’idées, les partenaires sociaux dont les syndicats et je pense que tout cela a participé à l’amélioration du climat social. Toute chose qui a créé une atmosphère sociale sereine de travail et c’est à l’actif de tous.

Lefaso.net : Personnellement, à votre arrivée, quelle a été la principale priorité ?

Dr Nébila Amadou Yaro : Evidemment, c’était de faire avancer les dossiers et puis d’innover. Je pense que de ce point de vue, j’ai atteint mes objectifs. Nous avons poursuivi les projets prioritaires que nous avons trouvés (projet Backbone national, l’offre de service en qualité et en quantité au niveau des réseaux, la modernisation du réseau postal), nous avons également innové au point de la gouvernance interne du ministère en adoptant la politique sectorielle (c’est très important), innover avec toute la démarche qualité qu’il y a eu au sein du ministère. Donc, je pense que nous avons atteint les objectifs que nous nous sommes assignés dès le départ.

Lefaso.net : L’un des dossiers qui ont retenu l’attention de l’opinion, c’est celui relatif au « e-gouvernement ». Qu’en est-il exactement ; puisque jusque-là, il n’est pas effectif ?

Dr Nébila Amadou Yaro : C’est vrai, il n’est pas effectif mais je dois dire quand même que les acteurs sont sensibilisés sur ce plan. Vous savez, un des problèmes que nous vivons un peu dans notre pays (j’élargis un peu le débat), c’est ce que j’appelle la ‘’conduite du changement’’ ; tous les acteurs disent que les TIC sont une bonne chose, qu’elles facilitent la vie … Mais, très souvent on a l’impression que c’est plus théorique que pratique. Il faut amener les gens à changer de mentalité et à faire effectivement entrer les TIC dans leur vie de tous les jours. Et ça, c’est un gros challenge et je pense qu’aujourd’hui, les premiers responsables de ce pays sont conscients donc de ce phénomène et les choses évoluent donc assez bien. Les ministres ont été formés à ce dossier et je pense que ce projet pourrait véritablement entrer en œuvre avec les ministres qui vont venir.

Lefaso.net : On a aussi remarqué que les Universités publiques ont été un dossier d’intérêt pour vous, quel état peut-on en faire également ?

Dr Amadou Nébila Yaro : Nous avons voulu accompagner le système LMD (Licence-Master-Doctorat) essentiellement. Vous savez que l’une des particularités de ce système est qu’une bonne partie du temps est consacrée, je dirais, à la recherche personnelle. Or, aujourd’hui, les TIC peuvent être des outils qui permettent effectivement de procéder en réalité à un travail personnel de recherches. Nous avons donc, dans cette optique, doté toutes les Universités publiques de connectivité Internet. A terme, toutes les Universités doivent être pourvues de cette connectivité et aujourd’hui, c’est effectif. Nous attendons simplement, dans les jours prochains, pouvoir faire une cérémonie officielle de remise des équipements aux Universités pour leur permettre d’avoir accès à Internet de manière beaucoup plus facile. La seule chose qui nous reste en ce moment, c’est de gérer donc les étudiants ; c’est-à-dire que nous voulons donner un code à chaque étudiant avec un temps qu’il aura par jour. C’est sur cet aspect que nous sommes, sinon tout est actuellement opérationnel à ce jour. Et pour nous, c’est une grande satisfaction de pouvoir contribuer donc à la réalisation de ce projet.

Lefaso.net : Comment sera incarnée cette gestion « un étudiant, un code, un temps » ?

Dr Nébila Amadou Yaro : Vous conviendrez avec moi que, techniquement, on ne peut pas donner l’accès Internet à toute personne qui se trouve à l’université (il y a des gens qui ne sont pas étudiants, ou qui le sont mais qui ne sont pas présents sur le campus, etc.). L’idée est qu’effectivement, Internet puisse servir à leurs activités pédagogiques. Donc, techniquement, nous donnons un code et un temps de connexion à chaque étudiant. Maintenant, s’il remet son code à quelqu’un, c’est son temps qui diminue. Nous, nous faisons confiance aux étudiants et je pense qu’on ne doit pas avoir de problèmes à ce niveau. Des expériences réussies ont été faites ailleurs ; il n’y a pas de raison qu’au Burkina ça ne se fasse pas. Ce sont donc les deux aspects qui restent à être éclaircis et nous attendons donc des Universités, la liste nominative de tous les étudiants auxquels nous allons donner des codes pour leur permettre vraiment de travailler. Mais aujourd’hui, si vous partez à l’IDS (Institut des sciences) par exemple, ça fonctionne normalement (les étudiants ont accès à Internet, à tout moment et parfois même sans code, mais je pense qu’il faut mieux discipliner encore le système).

Lefaso.net : Il y a cette question cruciale de débit de l’Internet, surtout ces temps-ci avec les opérateurs. Où faut-il situer le problème ?

Dr Nébila Amadou Yaro : Il faut noter que notre pays a accusé un retard important en matière d’investissements. Le secteur des TIC est un secteur qui nécessite des investissements lourds. Des investissements lourds mais qui vont rester pendant un certain temps. C’est à cela que le gouvernement s’est attelé, en recherchant des partenaires pour injecter dans le secteur des investissements lourds. Cet investissement lourd, si on ne l’a pas, la qualité de l’Internet ne sera pas du tout au rendez-vous. C’est pourquoi nous poursuivons deux projets essentiels : le « Backbone » national qui est une fibre optique qui va permettre de connecter tous les chefs-lieux de provinces. A côté de cela, il y a le « G-Cloud » qui va nous permettre d’avancer véritablement dans la qualité des prestations qui sont offertes. Donc, le premier élément important, c’est d’investir de manière lourde et massive dans le secteur pour avoir des infrastructures. Mais, qui d’autre que l’Etat peut le faire ? Le secteur privé, à la limite, ce sont des commerçants et on ne peut pas leur en vouloir de ne pas trop investir, tant que ça peut leur permettre de rentabiliser leurs affaires. Donc, c’est le rôle de l’Etat d’investir conséquemment dans ce secteur pour offrir au secteur privé, les moyens d’être efficace. Le second élément, c’est aussi de regarder au niveau de ces opérateurs mais surtout les outils qui sont utilisés, ce que nous appelons les « terminaux » (téléphones portables), qui sont souvent de mauvaise qualité. Si fait que parfois, même avec des investissements bien en place, si les terminaux ne sont pas adaptés, c’est difficile. C’est pourquoi nous avons mis en place un « agrément technique », pour obliger tous les importateurs de terminaux à assurer de la qualité de ces terminaux qui entrent au Burkina. Donc, la qualité du service relève de tout un ensemble qu’il faut prendre en compte et de ce point de vue, nous sommes suffisamment avancés ; les études ont été faites par l’ARCEP (Autorité de régulation des communications électroniques et des postes, ndlr). Mais, je conviens avec vous qu’aujourd’hui, la qualité n’est pas toujours au rendez-vous. C’est pour cela nous avons aussi demandé aux opérateurs de téléphonies mobiles, de mettre un accent particulier sur ces infrastructures et d’être également à l’écoute de la clientèle car, c’est un domaine qui est très technique. De sorte que lorsqu’on l’explique techniquement au consommateur, il n’arrive parfois pas à comprendre (et à juste raison). Nous avons demandé aux opérateurs, d’être à l’écoute de la clientèle pour lui expliquer davantage ce qui se passe. On a donc créé un cadre de concertations entre les opérateurs et les consommateurs, pour que de temps en temps, ils puissent se réunir pour évaluer les difficultés et trouver des pistes de solutions à ces difficultés.

Lefaso.net : Revenant aux grands projets suscités, à quand leur fin ?

Dr Nébila Amadou Yaro : Le projet « G-Cloud » est un projet initié pour 27 mois et qui a été lancé en novembre dernier. Mais c’est un projet qui, au fur et à mesure qu’il avance, sera mis en œuvre ; nous n’allons pas attendre les 27 mois pour pouvoir le faire. Donc, très rapidement, je pense que dans les premiers mois de l’année 2016, les Burkinabè sentiront assez rapidement qu’il y a une évolution assez sensible dans la qualité des services qui sont offerts.
Le « Backbone » national est suffisamment avancé également ; nous avons obtenu une bonne partie des financements, le contrat a été signé depuis quelque temps et nous l’avons même renouvelé avec la société chargée de l’exécution. Nous avons bon espoir qu’en 2016 également, les travaux vont démarrer, et nous allons sentir également qu’il y a une évolution sensible dans la qualité des prestations qui sont offertes par les opérateurs de téléphonies mobiles mais aussi par tous les acteurs qui sont dans le système des TIC.

Lefaso.net : Il avait également été question de l’arrivée d’un quatrième opérateur ; ce sujet est-il toujours à l’ordre du jour ?

Dr Nébila Amadou Yaro : La question n’est pas à l’ordre du jour. En tout cas, à notre niveau. Peut-être que ceux qui viendront vont le faire. Nous, nous pensons qu’il faut d’abord stabiliser ce qui existe. C’est vrai que la concurrence est un élément important qui peut permettre de booster cela mais nous pensons qu’il faut que la qualité puisse d’abord exister. Ensuite, il faut que les opérateurs qui sont sur le terrain puissent également rentabiliser leur affaire. Donc, nous pensons qu’il est bon d’abord de faire le diagnostic, de trouver des solutions avec les opérateurs qui existent avant de passer à un quatrième opérateur.

Lefaso.net : Au terme de votre mission à la tête de ce département, qu’auriez-vous souhaité faire et qui vous laisse un goût d’inachevé ?

Dr Nébila Amadou Yaro : Nous avons des projets qui n’ont pas encore abouti et je pense que c’est un peu le défi que nous devons relever pour les prochaines années. Je vais d’abord citer le projet de création d’une école nationale des postes et télécommunications pour répondre au besoin de formation qui se pose. Si vous prenez les TIC, c’est un domaine où les premiers qui ont été vraiment formés dans les grandes écoles européennes sont en train de partir à la retraite et il n’y a pas toujours les ressources nécessaires ; donc, en créant cette école, nous contribuons à la formation aussi bien du secteur public que du secteur privé. L’autre point (et je souhaiterais vraiment que ça se fasse), c’est la réalisation du réseau fibre optique Ouaga-Manga-Pô et la bretelle Manga-Pôle de Croissance de Bagré. Au cours de l’année 2015, des avancées ont été obtenues dans ce sens et la finalisation du projet va améliorer de façon significative la connectivité à Internet. L’autre point, c’est la création de Technopol ; c’est un vaste projet que nous avons initié et qui va permettre de mettre sur le même espace, tous les acteurs des TIC (banquiers, développeurs, maintenanciers, etc.) pour leur permettre d’être ensemble pour créer véritablement un pôle de croissance. Du reste, nous avons pu obtenir que le Technopol soit au même titre par exemple que Bagrépôle, Samandéni. Et, enfin, c’est l’aboutissement du projet « Backbone » national ; c’est vraiment un projet, s’il aboutit véritablement, qui va permettre un bond qualitatif de l’ensemble de la connectivité dans notre pays. Voilà un peu, je ne dirais pas des regrets mais, des projets que je souhaiterais donc voir venir à terme pour que notre secteur soit vraiment un secteur complet pour nous permettre de mieux avancer.
Maintenant, sur le plan personnel, on a toujours des regrets parce qu’on n‘a pas pu tout terminer. Mais je pense que la vie d’une nation est ainsi faite, il faut laisser le soin à d’autres personnes pour pouvoir continuer ; les chantiers qui ne sont pas achevés le seront par ceux qui vont venir au prochain gouvernement.
Lefaso.net : Pensez-vous donc que ce sont des points qui doivent être des dossiers prioritaires pour votre successeur ?
Dr Nébila Amadou Yaro : Je pense que mon successeur va prendre ces dossiers à bras-le-corps ; parce que si vous prenez « Technopol », le projet « Backbone » national et l’école nationale des Postes et télécommunications, ce sont des actions essentielles pour le devenir du secteur des TIC. On ne pourra pas revenir en arrière, le « Bacbone » national, il faut le faire. Idem pour la formation, le « Technopol » et la fibre optique. J’ai donc bon espoir que mon successeur puisse les intégrer dans son dispositif, évidemment il va définir ses priorités.

Lefaso.net : Comment avez-vous vécu votre expérience de ministre ?

Dr Nébila Amadou Yaro : Une expérience enrichissante ; parce que je pense que beaucoup de Burkinabè auraient voulu servir leur pays à cette étape décisive de son histoire. Ils auraient voulu être au service de ce pays, pour participer à la prise de décisions. Donc, pour moi, c’est une expérience qui a été très enrichissante et je me réjouis de ce que j’ai vécu. Les événements qui se sont déroulés l’an dernier et cette année sont des moments qui marquent la vie et pour moi, qui ai vécu certains moments étant à l’intérieur, ça me reste marqué toute la vie. Evidemment, il y a des regrets mais quand on regarde ce qui a été fait, je pense que je sors grandi de cette expérience. On a eu le coup d’Etat du 16 septembre, c’est vraiment le point noir de notre Transition et personnellement, c’est quelque chose qui va me hanter l’esprit pendant très longtemps (pour ne pas dire pour toujours).
Nous qui sommes venus (avec d’autres ministres) avec toute la fougue qu’il y a et l’inexpérience qu’il faut noter, certaines décisions ont peut-être pu être prises, pas dans l’ignorance, mais peut-être par inexpérience. J’y tire des leçons d’humilité (c’est essentiel), des leçons d’écoute (savoir écouter les gens, même s’il y a la contradiction). Nous avons élaboré beaucoup de textes et je pense qu’ils vont impacter durablement la vie de notre pays et il faut s’en réjouir.

Lefaso.net : Le Burkina a un pouvoir nouvellement élu et qui doit être installé dans quelques heures, quel doit désormais être l’état d’esprit des Burkinabè avec cette nouvelle page qui s’ouvre ?

Dr Nébila Amadou Yaro : Je pense que le nouveau pouvoir a été élu par les Burkinabè, ce sont eux qui l’ont voulu. Donc, il a annoncé les couleurs et il faudra que tout un chacun puisse effectivement l’écouter, le suivre et faire en sorte que son programme, programme pour lequel il été élu, soit effectivement appliqué. Je pense qu’il y a des choses sur lesquelles on ne peut plus revenir : les Burkinabè sont des gens sérieux, des gens dont la parole a été libérée ; aucun pouvoir ne peut remettre cette réalité en cause et cette libération de la parole doit être écoutée. Tous les acteurs sociaux, économiques…, doivent être à l’écoute de la population parce que dans une démocratie, c’est ce que la population veut qui doit se faire ; ce n’est pas ce que le pouvoir veut, ce n’est pas non plus ce que l’opposition veut. Et je pense qu’une des leçons qu’il faut retenir à côté de cette libération de la parole, c’est que notre peuple est prêt à sauter le pas (un pas qualitatif) pour aller de l’avant ; que ce soient ceux qui sont au pouvoir, ceux qui sont dans la majorité, de l’opposition ou des organisations de la société civile. Ce qui s’est passé l’année dernière, c’est aussi la main de Dieu qui nous a permis de nous entendre, de nous comprendre, avec des élections qui se sont déroulées de manière transparente où nous avons vu le perdant aller féliciter le gagnant (avant même la proclamation des résultats). Ça ne se voit pas beaucoup en Afrique. Il faut donc le souligner, s’en réjouir et souhaiter qu’il reste gravé dans la mémoire du peuple burkinabè et que tout cela puisse être au service de notre population pour que nous puissions avancer.

Lefaso.net : On a envie de demander quel sera le prochain point de chute du ministre… ?

Dr Nébila Amadou Yaro : Je reste toujours au service de mon pays ; je suis contractuel de l’Etat (de l’ENAREF), donc je vais y retourner pour terminer mon contrat. Et, avant ou après, je resterai toujours au service de mon pays. Vous savez, je suis reconnaissant envers l’Etat, je suis reconnaissant envers le pouvoir public, je suis reconnaissant envers ce peuple parce que, c’est lui (peuple) qui m’a permis d’être ce que je suis aujourd’hui. J’ai bénéficié de la bourse, depuis la 6ème, j’ai bénéficié de la bourse à l’Université, c’est l’Etat qui m’a envoyé former. Je suis donc grandement reconnaissant envers ce peuple et je me mettrai toujours à sa disposition. Donc, partout où on aura besoin de moi, je vais répondre présent ; que ce soit dans le secteur public ou dans le privé (parce que je viens du secteur privé).

Lefaso.net : Parlant de votre poste à l’Ecole nationale des régies financières (ENAREF), une certaine opinion avait indiqué que vous en avez fait un monopole de sorte que même nommé ministre, le poste attend votre retour. Qu’en est-il exactement ?

Dr Nébila Amadou Yaro : Non, je pense que ce sont des esprits mal intentionnés qui ne veulent pas comprendre, sinon, les choses sont assez claires : j’ai signé un contrat en bonne et due forme avec les instances délibérantes de l’ENAREF où j’y suis arrivé par un appel à candidature. J’ai signé un contrat dans lequel il est bien spécifié que si je suis appelé à des charges gouvernementales, des charges politiques, le contrat est suspendu jusqu’à ce que je revienne. C’est ce que j’ai fait et je demande simplement à chacun de respecter les textes. J’ai souvent l’habitude de dire que, si dans ce pays, on respectait ne serait-ce que 50% de nos textes, on serait un pays véritablement émergent … Je pense qu’il n’y a véritablement pas de quoi s’égosiller pour cela.

Lefaso.net : Fort de l’esprit que vous avez voulu imprimer à votre département, quel est le message à votre personnel en cette fin de mission ?

Dr Nébila Amadou Yaro : J’ai eu la chance de bénéficier d’un personnel qui m’a soutenu, il faut le souligner. Je suis venu trouver un personnel que je n’ai pas beaucoup remanié, parce que j’ai voulu d’abord une stabilité au niveau du personnel. Vous savez que le secteur des TIC et de Postes sont un secteur où on a besoin de stabilité, c’est un secteur où les ressources humaines ne sont pas toujours fréquentes. C’est également un secteur où les projets sont à moyen et long termes. Je suis venu trouver des collaborateurs qui sont non seulement dévoués mais également professionnels ; ça je dois le reconnaître. Je voudrais donc profiter de votre canal pour vraiment les féliciter et les encourager encore ; parce qu’ils m’ont appuyé, ils m’ont apporté tout ce dont j’avais besoin pour ma mission. Nous ne sommes pas un gros ministère en termes d’effectif, on a vu au niveau des assemblées générales que nous avons organisées, chacun s’est effectivement libéré et le besoin de l’intérêt général est apparu. De ce point de vue, c’est une marque de reconnaissance, de gratitude que j’adresse à ce personnel.
Lefaso.net : A la veille du nouvel an, quel est le vœu que vous formulez à l’endroit des Burkinabè ?
Dr Nébila Amadou Yaro : Des vœux de succès d’abord au nouveau régime qui arrive ; parce que c’est lui qui va prendre la destinée de l’ensemble du peuple burkinabè et je pense qu’il lui faudra réussir, sinon c’est nous tous qui serons dans des situations assez difficiles.
Je voudrais également adresser des vœux de remerciements à l’endroit de mes premiers responsables (le Chef de l’Etat, le Premier ministre), mes collègues membres du gouvernement pour que l’année 2016 soit une année de paix, de succès, une année où nous allons véritablement continuer à faire cette introspection de l’ensemble des activités que nous avons fait. Je suis entré au gouvernement avec certes, l’acceptation des plus hautes autorités de l’Etat, mais je dois dire également que ce sont des gens qui m’ont proposé et je profite pour leur témoigner mes reconnaissances pour m’avoir proposé à ce poste qui m’a aussi permis d’avoir une expérience enrichissante pour ma carrière professionnelle qui, j’espère, va continuer pour quelques années dans ce pays.
Mes vœux à l’endroit de ce peuple burkinabè, que j’aime tant (un peuple mûr, qui sait ce qu’il veut), un peuple ‘’rebelle’’ à un certain moment mais un peuple qui sait où se trouve l’intérêt majeur de ses enfants et qui sait se regrouper au moment où il le faut. Ce qu’on a vécu l’année dernière, je ne suis pas sûr que si c’était dans d’autres pays, les choses allaient se passer aussi simplement comme on l’a vu. On pense aujourd’hui que ça s’est bien passé, que c’était comme de l’eau sur une roche mais véritablement, c’est un peuple majeur, auquel il faut rendre hommage. Que Dieu bénisse le Burkina Faso !

Entretien réalisé par Oumar L. OUEDRAOGO
Lefaso.net

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