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« On peut rêver d’un Burkina comme la Silicon Valley de l’Afrique », dixit Abdoul Malicki Zoromé

samedi 24 janvier 2015

Abdoul Malicki Zoromé, formé au Burkina, puis en France et au Canada, fait figure aujourd’hui de valeur sûre du corps des informaticiens du Faso, totalisant plus d’une dizaine d’années d’expérience. Avec sa solution logicielle innovante EasySchool qui lui a déjà valu trois importants prix dont celui du grand prix du Président du Faso décroché lors de la dernière Semaine nationale de l’internet (SNI). Malicki Zoromé tente de révolutionner, non sans difficultés, le secteur de l’enseignement en Afrique grâce aux nombreux avantages que son système offre aux acteurs de l’éducation. De ces avantages, ainsi que des difficultés rencontrées dans la promotion de EasySchool, le manager d’EquoService nous en parle dans cet entretien.


Lefaso.net : Vous êtes le promoteur du logiciel EasySchool qui semble présenter beaucoup d’avantages pour les acteurs de l’éducation. Pouvez-vous nous en parler ?
Malicki Zoromé : EasySchool est une solution logicielle pour la gestion intégrée, synergique et multi-niveau de la vie académique des établissements d’enseignement au sens large, qu’il s’agisse des établissements d’enseignement technique, qu’il s’agisse du primaire, de la maternelle, du secondaire ou du supérieur. Ou qu’il s’agisse aussi de la gestion de ces établissements dans le contexte d’un complexe académique. C’est une solution qui a pour vocation de proposer un nouveau paradigme. La solution ambitionne relever plusieurs grands défis qui se posent au système éducatif africain de nos jours. Défis qui étaient difficilement relevables sans l’appui des TIC (NDLR : Technologies de l’information et de la communication).
Aujourd’hui, notre travail avec EasySchool, c’est de tirer profit des possibilités offertes par les TIC actuellement, c’est considérer la réalité africaine, notamment la faible maturité de nos infrastructures TIC. Par exemple Internet n’est pas très disponible. On a cependant les réseaux télécom qui sont relativement répandus sur le continent. Donc, c’est de voir comment agencer, prendre en compte cette réalité, proposer une solution contextuelle aux réalités et aux problèmes de l’Afrique. Ainsi, la solution établit une synergie entre les acteurs essentiels de l’éducation. C’est par les établissements d’enseignement où chacun, qu’il s’agisse du directeur des études, du comptable, du professeur ou du surveillant, chacun a un espace quand il se connecte à EasySchool pour travailler dans le cadre de sa responsabilité professionnelle et sublimer cette responsabilité professionnelle.
Il y a une synergie d’ensemble parce que par exemple, quand le professeur reporte les notes, les parents peuvent suivre au jour le jour l’évolution des performances académiques de leurs enfants, histoire de pouvoir les accompagner à mieux réussir. Quand les professeurs reportent les notes, quand ils valident, le système peut envoyer automatiquement des mails de notification à tous les parents dont on a saisi les noms de leurs enfants, et ces parents peuvent se connecter à leur tour pour accéder aux notes, mais surtout aux commentaires des professeurs. Cela permet de faire un suivi au jour le jour et d’anticiper sur les problèmes de performances des enfants. L’éducation, c’est un système d’empilement. Quand on rate la compréhension de certains concepts, c’est difficile de faire le rattrapage une fois qu’on va trop loin dans l’apprentissage.
Avec cette approche, les parents ont moins de contraintes car nous sommes dans une urbanisation galopante en Afrique, la communication coûte chère aussi, c’est très pratique pour un parent de rester depuis son lieu de travail si le câble le permet, depuis un cyber ou à la maison et pouvoir se connecter pour superviser les informations de performance de son enfant et pouvoir anticiper, éventuellement trouver un moniteur pour l’enfant dans la perspective de l’aider à mieux réussir. C’est aussi par exemple quand les surveillants reportent des absences dans le système, le système peut envoyer automatiquement un SMS aux parents d’élèves pour le leur notifier. Il en est de même pour les étudiants et ainsi de suite jusqu’aux statiques pour les structures administratives.


Y-a-t-il un engouement des acteurs de l’éducation pour votre logiciel ?

Il faut reconnaître que le chemin a été long. En Afrique, il y a beaucoup de contraintes qui dépassent souvent l’initiative et le projet lui-même qui ont fait que les choses ont été difficiles. Mais grâce à Dieu, l’engouement se traduit en tout cas à plusieurs niveaux. A commencer par les distinctions officielles de l’originalité et de la valeur ajoutée de la solution sur trois années consécutives au niveau national et sous régional. Quant aux utilisateurs, c’est une solution dont la reconnaissance grandit au fur et à mesure. Nous avons encore des défis de promotion, malheureusement la solution n’est pas très connue. Les exploitants de la solution au stade actuel, nous font un retour très encourageant et d’aucuns se transforment en promoteurs ou commerciaux de EasySchool pour nous rechercher de nouveaux partenaires d’exploitation. La dynamique est lancée, nous avons grand espoir. Il y a quand même de l’engouement car EasySchool est présent dans trois pays actuellement : en Guinée, au Niger et au Burkina Faso. Aussi, avons- nous une consolidation dans les différents partenariats d’adoption de EasySchool qui progressent positivement.

A ce jour, combien d’établissements utilisent EasySchool ?

Actuellement, nous avons une dizaine de clients. Nous sommes dans la perspective d’accroissement. Cependant le grand défi de EasySchool, c’est la promotion avec hélas beaucoup de contraintes qui sont souvent au-delà de nos capacités. Ce qui fait que la solution n’a pas eu l’aura qu’elle aurait pu mériter et offrir le service qu’elle aurait pu offrir à la population africaine.

EasySchool est-elle accessible en termes de coût ?

C’est l’un de nos défis. Notre ambition, c’est d’offrir un service informatique équitable. Nous avons une approche de service citoyen, c’est-à-dire gagner sa vie en affaire en rendant au maximum du service et que ce service ait une valeur ajoutée impactant pour la vie de la société dans le sens positif. EasySchool aujourd’hui avec la synergie d’ensemble, apporte beaucoup d’avantages. L’écologie par exemple, l’amélioration de la qualité de l’éducation, l’amélioration des conditions de vie de la population elle-même. EasySchool est très accessible en termes de coût. Le coût de base pour un établissement secondaire privé est de 200 000 F CFA. Un parent qui veut par exemple avoir une souscription au service SMS, le prix peut varier selon la nature de l’établissement, mais pour les établissements publics, c’est 1 000 F CFA seulement par an. Toute l’année académique, il peut se connecter pour voir les notes de ses enfants mais surtout aussi avoir les SMS quand son enfant est absent de la classe. Les prix varient selon que l’établissement est privé ou non, selon que c’est la maternelle, le supérieur ou selon le niveau de vie du pays où la solution est servie de sorte à avoir un prix raisonné et ajusté pour être en phase avec notre philosophie de service citoyen.

EasySchool vous a valu une série de distinctions. Comment appréciez-vous toutes ces distinctions ?

Je commence par remercier tous ceux qui travaillent dans le sens de l’encouragement, de la promotion des efforts et de l’innovation. Nous recevons ces prix comme une reconnaissance d’un travail abattu de longue haleine. Ces distinctions nous confirment de la valeur et de la pertinence de nos efforts. Des distinctions que nous recevons aussi comme des marques d’encouragement et d’espoir à persévérer et à garder la confiance en Dieu et s’il plaît à Dieu, EasySchool sera présente partout au mieux en Afrique.

Qu’est-ce que le Prix du Président du Faso que vous avez reçu lors de la 10e édition de la Semaine nationale de l’Internet vous a apporté ?

Au stade actuel, il faut reconnaître que la valeur ajoutée des prix que nous recevons vaut plus par leur prestige que le soutien que nous en recevons. Le prix du Président du Faso a été particulier, avec des conditions particulières d’attribution. Nous avons pris part au concours. Finalement le jury a retenu quatre dossiers qui sont tous ex-aequo en termes de mérite du prix. Les membres du jury ont souligné que les critères d’attribution n’étaient pas suffisamment clairs pour démarquer les projets. Finalement après appréciation, ils ont classé les projets à trois niveaux : projet déjà réalisé, projet en cours de réalisation et projet en phase d’initialisation. Ainsi, considérant aussi la dimension sociale du prix, le jury a décidé de repartir les trois millions dédiés au prix suivant le niveau d’avancement du projet.

Combien avez-vous reçu pour ce prix ?

Nous avons reçu 500 000 F parce que notre projet était réalisé. Celui dont le projet était en cours de réalisation a reçu 1 000 000 F et celui dont le projet était en phase d’initialisation, 1 500 000 F.

Trouvez-vous cela équitable ?

Nous, nous respectons la décision du jury qui a exprimé que les critères n’étaient pas suffisamment clairs pour pouvoir qualifier les projets et distinguer de façon précise le mérite et il a émis des amendements pour repréciser les critères pour les éditions futures. Cela étant, nous avons été reconnus comme bénéficiaire du grand prix des TIC du Président du Faso. Il est vrai que les soutiens nous manquent actuellement mais le prestige déjà est signe d’encouragement et quelque chose que nous travaillerons à valoriser comme reconnaissance de la pertinence de nos efforts.
Je profiterai pour solliciter encore les autorités à œuvrer toujours dans cette dynamique, à encourager les initiatives dans plusieurs domaines, surtout le domaine de l’innovation. Je pense particulièrement que les TIC représentent une opportunité pour le Burkina qui a un peuple travailleur et qui n’a pas beaucoup d’autres conditions favorables comme l’ont d’autres pays en matière de ressources et de conditions climatiques. Mais, nous avons des Hommes travailleurs, très courageux qui prennent beaucoup d’initiatives et on peut se permettre de rêver que le Burkina Faso soit la SiliconValley de l’Afrique où des génies s’investissent pour produire des solutions qui peuvent rayonner sur toute l’Afrique. Cela n’est pas inaccessible pour le Burkina. Mais, les initiatives qui viennent des modestes fils du pays n’ont pas toujours cette chance d’aura. Nous avons parcouru beaucoup de chemin, malheureusement nous n’avons pas été reçus. Nous sommes disposés à présenter en public aux différentes autorités, la solution pour appréciation avant décision. Parfois, on n’a pas eu ce privilège. Mais, nous y travaillons, nous savons aussi que de l’autre côté on y travaille, et c’est main dans la main, en se donnant les idées, qu’on pourra bâtir quelque chose de plus grand.

Vous êtes aussi manager de EquoService. Parlez-nous-en ?

Oui. EquoService est une société qui a pour vocation d’offrir des prestations offshore pour les marchés européens et aussi des prestations en informatique ou en management pour les marchés africains. Et l’initiative EasySchool est une parfaite illustration de nos ambitions pour l’Afrique.

Entretien réalisé par Grégoire B. Bazié
Lefaso.net

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