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Soulémane Ouédraogo, directeur général de la RTB : « Aujourd’hui, nous avons besoin de revisiter nos méthodes de travail »

vendredi 24 octobre 2014

La RTB (Radiodiffusion télévision du Burkina) est un groupe en construction. A terme, elle devrait comprendre 45 dispositifs. Le directeur général, Soulémane Ouédraogo nous a accordé un entretien pour en parler. Déploiement des RTB2, création de trois chaines thématiques, ‘’affectations sanctions’’, rentrées RTB, révision de l’organigramme, ambiance au sein de la maison, l’ancienne équipe dirigeante, pressions politiques, les méthodes de travail… ont été abordés.

Chef de programme de la télévision pendant près de 10 ans, puis directeur du SITHO, depuis janvier 2013, vous êtes le directeur général de la RTB, qu’est-ce qui fait la différence entre cette fonction et celles que vous aviez assumées jusque-là ?

La direction générale de la RTB est un cadre de coordination. Je suis arrivé à un moment où la structure a connu une évolution sensible. Au plan institutionnel, la RTB venait de faire l’objet d’une fusion. L’ancienne RTB a été fusionnée avec l’ancienne direction générale de la radio rurale et l’ancienne direction générale du centre d’émissions. Donc, c’est une RTB d’une autre configuration avec une phase de mise en œuvre de vastes chantiers. La RTB a bénéficié d’un emprunt que l’Etat a contracté auprès de la CNSS et de la SONAPOST. Cette importante contribution devrait accompagner la mise en œuvre du plan de développement.

Donc, je suis arrivé à un moment où c’était de vastes chantiers, notamment la mise en œuvre de l’organigramme, la mise en œuvre de l’opérationnalisation de l’emprunt pour sa première année et la réorganisation de l’ensemble des équipes. Les défis sont énormes de telle sorte qu’il faut mettre en cadence les missions de la RTB : mission d’information, mission d’éducation, mission de sensibilisation et de distraction. C’est autant de chantiers qu’il a fallu mettre en route avec des équipes à composer. Ça été une année non-stop en terme d’énergie à déployer.

Avant d’être DG, vous étiez DG-adjoint chargé des RTB2, Où en est-on avec le déploiement des RTB2 ?

Les RTB2 constituent des dispositifs d’excellence qui permettent à la RTB de concrétiser sa déconcentration. Il y a 13 chefs-lieux de régions. Aujourd’hui, chaque chef-lieu dispose d’une RTB2 du nom de la région d’accueil et avec trois niveaux de développement. Le premier niveau de développement concerne les régions qui sont à un stade de centres de productions radiophoniques et télévisuelles. C’est des équipes entières : un Directeur nommé, du personnel affecté, de la logistique et au minimum deux véhicules par région. Ce sont des équipements qui permettent la collecte, le traitement et la diffusion de l’information en radio comme en télévision.

Le deuxième niveau de développement concerne les régions où il y a une station de radiodiffusion qui émet à côté d’un centre de production télévisuelle. Donc, il y a une radio régionale qui fonctionne et permet aux populations d’avoir en temps T les informations concernant la vie de la région en question, avec une synchronisation avec radio Burkina. A côté de la radio, il y a le centre de production télévisuelle qui permet à nos équipes de faire la collecte, le traitement et permettre de nourrir les actualités au niveau du journal parlée radio et au niveau du journal télévisé pour la télévision du Burkina.

Le troisième niveau de développement des RTB2, c’est les différentes régions qui ont à leur disposition une radio régionale et une télévision régionale qui émettent toutes deux sur l’ensemble de la région en question. Ce sont les Hauts-Bassins et la région du Centre, en attendant que Gaoua ait, dans les mois à venir, sa station de télévision à côté de la radio qui est déjà bien grande sur ces 31 ans.

Ils sont nombreux à critiquer la création des RTB2 dans les régions, que leur répondez-vous ?

Les RTB2 sont une volonté politique bien affichée qui ont été opérationnalisées qui, aujourd’hui, nous permettent de faire de la communication de proximité. C’est l’information de proximité à l’échelle d’une région. L’information concernant la dynamique de développement de la région est un formidable outil de mobilisation et de pleine participation des populations au développement régional, et partant au développement national. Et l’expérience a démontré qu’il fallait véritablement mettre en route ces chantiers. Quand vous arrivez à Bobo, les gens suivent beaucoup plus la RTB2 que la télévision nationale parce que la télé Hauts-bassins parle de leur quotidien. Les gens se sentent beaucoup plus à l’aise en reconnaissant leurs rues, leurs infrastructures, en reconnaissant des personnalités de la région, des fils et filles de la région et en restant à l’écoute des préoccupations au niveau régional et également des solutions qui sont apportées. Ça crée une dynamique de cohésion sociale à l’échelle de la région. Cette formidable mosaïque des 13 RTB2 qui sont en cadence, permettent de nourrir de la proximité à l’échelle régionale et de la diversité au niveau de la télévision du Burkina et de radio Burkina en ce sens que de nouvelles vocations se dessinent pour ce dispositif.

Les RTB2 ont une vocation de proximité et radio Burkina et la télévision nationale ont des vocations plus nationales et internationales. Il va s’en dire qu’en relisant périodiquement les grilles des programmes, nous redéfinissons les champs d’action des uns et des autres qui permettent à chaque dispositif d’être beaucoup plus représentatif des attentes citoyennes à l’échelle des régions, à l’échelle des zones couvertes par ces différents dispositifs.

Les 13 RTB2 sont-elles toutes fonctionnelles actuellement ?

Elles sont fonctionnelles, avec les trois niveaux de développement, de manière graduelle. Il y a des régions où il n’y a que des centres de production télévisuelle qui font un travail de collecte, de traitement et de diffusion de l’information. Tout ce qu’il y a comme l’actualité à l’échelle de la région est pris en charge par ce dispositif RTB2 du nom de la région concernée.

Le 2e niveau de développement de la RTB2 : il y a des régions pour lesquelles, on est à un stade où il y a la radiodiffusion et le centre de production télévisuelle. Et le 3e niveau de développement, c’est des régions qui comportent une télévision qui marche et une radio qui marche.

En ce moment, pour la RTB2-Centre, il y a un problème qui est survenu sur l’émetteur et les émissions de la télévision sont suspendues, le temps de remettre le dispositif en marche par des outils qui n’étaient pas disponibles. Si non, je puis vous assurer que dans toutes les régions, les dispositifs sont fonctionnels. Nous sommes à une phase de consolidation. Consolidation, c’est apporter plus d’équipements, plus de personnels, c’est créer une dynamique pour qu’à l’échelle de la région, les gens se disent que les dispositifs RTB font désormais partie de leur paysage culturel. C’est un processus qui se construit au fil du temps et nous avons foi que nous ne pourrons pas faire autrement que de les rendre plus opérationnels.

Est-ce qu’il est envisagé une autonomie financière de ces RTB2 ?

Une autonomie financière, c’est assez relatif mais la RTB elle-même comme grand groupe qui est en train de se construire est un EPE (Etablissement public de l’Etat). Dans nos statuts, nous avons une autonomie de gestion, une autonomie financière arrimée à un statut d’EPE. La déconcentration a permis de mettre en place 13 dispositifs. Si nous avons projeté ces dispositifs, c’est que nous avons pu imaginer la manière dont ces dispositifs vont exister et être opérationnels dans la durée. Les questions de financement sont tellement importantes qu’il faut chaque jour imaginer comment pouvoir exister dans un contexte où les économies sont difficiles à construire. Mais nous restons dans une logique d’un Burkina qui se donne les moyens de projeter ses ambitions. La RTB ne peut pas faire autrement que d’être dans ce contexte de remise à niveau de son fonctionnement, de sa représentation dans les régions et surtout dans la volonté d’accompagner et répondre aux attentes citoyennes.

Le droit à l’information est une prescription de notre loi fondamentale. Et la RTB ne peut pas continuer à être une grosse machine de la capitale qui déploie des équipes pour couvrir tout le pays. Ne serait-ce que la logique économique, c’est des formats qui ne peuvent pas tenir. En même temps, en installant un dispositif de proximité dans la région, on règle cette question de distance, cette question d’énergie, cette question de personnel qui prolonge l’action de la RTB depuis la centrale. Nous disons que les moyens dont nous parlons font partie d’une culture. Donc, il nous faut de l’argent pour un objectif précis, des projets précis. Une fois qu’on a l’adhésion et les moyens requis, nous utilisons à bon escient les moyens mis à notre disposition, surtout rendre compte régulièrement pour consolider la confiance qui a été placée en nous. En en ce moment, nous avons des mécanismes qui permettent de mobiliser les partenaires.

Et quels sont ces mécanismes de mobilisation ?

Pour tout vous dire, les RTB2 ont été mises en place grâce à d’importantes contributions. Sur le budget RTB, sur fonds propre, nous avons investi, mais une contribution tellement importante est venue des régions elles-mêmes. Les conseils régionaux, les conseils municipaux, des opérateurs économiques en région et des personnes ressources en région se sont mobilisés pour dégager des financements et soutenir la RTB dans le cadre de l’acquisition d’équipements (enregistreurs, caméras, unités de montage, mise à disposition de chauffeurs, mise à disposition d’infrastructures). Par exemple, la RTB2/Plateau central habite dans l’ancienne maison de la culture de Ziniaré. Dans la Boucle du Mouhoun également, le conseil régional et le gouvernorat ont mis à notre disposition un bâtiment qui a permis d’installer la RTB2. Voilà une somme de contributions qui permet à la RTB de dire qu’il y a la capacité de convaincre les acteurs sur le terrain, de convaincre les acteurs de développement pour soutenir la dynamique de mise en œuvre des RTB2 au grand bonheur de la population, au grand bonheur de tout le Burkina.

Quels sont les objectifs que vous avez assignés aux différents RTB2 ?

Au-delà de la couverture de l’actualité, chaque centre de production a obligation, cette année, de produire un minimum de quatre documentaires. Sur les 13 régions, ça nous fait 52 documentaires l’année. Voilà une opération qui nous permet dans l’année de mettre 52 documentaires à disposition de la télévision. La programmation peut se targuer de dire que nous avons un documentaire en provenance des régions sur des thématiques diverses : jeunesse, santé, environnement, culture, dynamique économique et sociale, projets et programmes de développement… Voilà ce que les RTB2 apportent comme contribution aujourd’hui à nourrir la télévision du Burkina. Vous suivez radio-Burkina également. Il y a de plus en plus d’information pour nourrir l’actualité nationale. C’est ça la cadence qui nous permet de penser que l’avenir se présente avec beaucoup de sérénité dans la capacité à mobiliser les moyens pour soutenir le développement de la RTB. Quand on est à la gouvernance de dispositifs pareils, on se donne les moyens. C’est pour cela qu’on invite toutes les équipes à être beaucoup plus regardantes vis-à-vis du patrimoine qui a été mis à leur disposition pour faire ce travail parce qu’on ne peut pas se payer le luxe de renouveler tout le temps.

Les affectations d’agents dans certaines RTB2 notamment Ouahigouya et Dédougou avaient suscité de vives contestations et même provoqué des sit-in les mois passés, est-ce que tout est rentré dans l’ordre aujourd’hui ?

Tout est rentré dans l’ordre. Les deux amis ont rejoint leur poste. Ceux qui écoutent radio Burkina et suivent la télévision nationale ont pu s’en rendre compte. Au-delà des polémiques, avec votre permission, je ne reviendrai pas sur ces éléments parce que ç’a bouffé beaucoup d’énergie et ça n’a pas permis une certaine cohésion. Mais l’administration, c’est ça aussi.

Ces deux agents de très haut niveau, l’un a été sollicité pour Dédougou parce que dans le cadre de la célébration du 11 décembre, nous avons porté le défi d’ouvrir la radio de Dédougou. Il était red-chef intérimaire à Bobo. En terme de promotion pour ce monsieur, c’est porter le projet, le chantier de la radio. Nous en avons discuté. Aujourd’hui, ce monsieur signe des reportages fétiches, permettez-moi ce terme pour rester positif, au niveau de la télévision du Burkina et au niveau de radio Burkina. Parce que l’une des vocations qu’on veut donner aux RTB2, c’est que les cadres puissent être mixtes c’est-à-dire travailler en même temps pour la radio et la télévision. C’est ça qui devient une démarche nouvelle.

A Ouahigouya également, l’agent affecté fait un travail de qualité. Quand il signe un reportage, c’est un reportage de qualité. C’est ce que nous avons souhaité parce qu’on les a vu à l’œuvre sur leur base de départ. Et c’est en fonction de ces compétences que nous avons placé les uns et les autres.

N’est-ce pas un problème de timing dans l’affectation puisque l’un des agents venait de perdre sa maman et c’est à ce moment qu’on l’affecte ?

Non, ce n’était pas le timing. Les échanges se faits longtemps à l’avance. Mais, avec votre permission, on ne va pas ressasser l’histoire. C’est l’avenir de la RTB qui importe aujourd’hui. Je souhaiterais que vous suiviez les reportages que ces deux agents envoient. Je crois que ça peut faire pâlir plus d’un, en terme de qualité de travail qu’ils sont en train de fournir. Et c’est à leur mérite. C’est ça qui est extrêmement important. Redéployer un personnel en fonction des ambitions affichées dans les différentes régions, c’est une organisation interne. Quand on le fait, c’est que l’administration a besoin des cadres compétents pour assurer des postes. Il ne faut pas penser qu’on les envoie à l’abattoir. Je crois que les cadres qu’ils ont rejoint, c’est des zones assez dynamiques. Et ce que j’attends d’eux, et je leur ai toujours dit, c’est de prouver les compétences qui sont les leurs. Je crois que c’est ce qui est important et je crois que nous nous sommes accordés. Depuis, ils ont rejoint et ils font un travail formidable. J’ai eu l’occasion de les féliciter, de les encourager et demander à l’ensemble des équipes de travailler à une parfaite cohésion des ensembles parce que c’est ça qui va nous permettre d’être plus fort demain.

Après cette affaire d’affectations ‘’sanctions’’, il y a eu d’autres remous notamment sur les ingérences du politique dans le travail des journalistes de la RTB-télé… aujourd’hui, quel type de relations, entretenez-vous avec le SYNATIC ?

Tout ça fait partie aussi de la dynamique de l’institution. Nous sommes dans un Etat de droit. La démocratie se construit de manière très forte et très évidente. Laissons à chacun de nous, à chacune des entités le soin de s’exprimer. Je crois que c’est la qualité des uns et des autres qui pourra faire que la RTB reste une structure forte. En même temps, vis-à-vis de l’administration, nous restons à l’écoute. Le SYNATIC pour nous est un partenaire de choix. Tout ce qui a été posé comme revendication reste très noble. Mais, nous sommes sur une plateforme d’échanges où ce qui constitue les contraintes d’une administration sont à partager aussi avec la structure. Et de ce que la structure pose comme problème reste aussi une qualité d’écoute pour nous. Sur cet axe-là, il n’y a pas de souci au-delà des contradictions dans un contexte donné et qui devrait amener les deux parties à toujours garder un espace de dialogue et permettre que des solutions puissent être apportées. Je dis quelle que soit les contradictions, le plus important c’est ce qu’on apporte comme solution. Nous sommes en train d’opérer des corrections aux contraintes liées à l’opérationnalisation des initiatives en ce moment. Il n’y a pas une seule direction dans laquelle je n’ai pas animé d’assemblée générale. Et, je reste toujours dans cette dynamique de concertation.

Quelle est l’ambiance qui prévaut au sein de la télévision nationale aujourd’hui ?

C’est une ambiance de travail. Je dis que nous devons continuer à élever le niveau de la télévision. Moi-même, j’y ai travaillé en tant que chef de programme pendant près de 10 ans. Donc, je connais parfaitement la télévision. Et aujourd’hui, nous avons besoin de revisiter nos méthodes de travail. Nous sommes bons journalistes, bons cameramen, mais il y a des outils d’organisation qui nous permettent d’aller beaucoup plus vite. Nous sommes dans un contexte où on a besoin de journalistes reporter d’images (JRI). Sur le plan de l’efficacité, on ne peut pas continuer à avoir des équipes lourdes sur le terrain. Tout ça, c’est des corrections à apporter.

La présentation des journaux télévisés aujourd’hui, il y a de nouveaux formats que nous avons souhaité intégrer. De l’habillage général à la présentation, à la manière dont l’édition se prépare. Il y a des articulations qu’il faut revisiter parce que notre raison d’être, c’est la satisfaction du public (auditeurs, téléspectateurs, internautes). L’une des grosses difficultés en interne chez nous, c’est un déficit d’organisation. Au-delà des compétences avérées, nous avons un rendu sur nos antennes qui se qualifie en termes de symphonie inachevée. Nous avons la capacité de bien nous organiser pour porter (avoir) des contenus de qualité sur nos antennes.

Depuis votre arrivée à la tête de la RTB, on a l’impression que l’ancienne équipe dirigeante est au placard, que sont devenus vos prédécesseurs ?

Nos prédécesseurs sont à la disposition de la république. C’est comme nous-mêmes avant d’arriver à la direction générale de la RTB. Je crois que nos agendas s’organisent selon nos disponibilités, selon nos sensibilités. Ce sont des amis, ce sont des confrères et je pense qu’ils sont à la disposition de la république. Quand on a assuré une responsabilité à un moment donné, retourner à la base, ce n’est pas toujours évident. Ça fait partie des corrections que nous apportons, ça fait partie d’une culture de carrière, ça fait partie d’une culture de promotion de sa carrière. En ce moment, le choix incombe aux intéressés. Nous sommes dans un contexte d’administration où nous sommes amenés à bouger énormément. Et bouger énormément, c’est exprimer une certaine disponibilité.

Nous sommes dans une période d’effervescence politique. En ce moment, quel est le message que vous passez à vos agents ?

Nous sommes un média public, avec une mission de service public. Tout ce qu’il y a comme texte qui encadre la profession parle de déontologie, d’éthique, d’équilibre de l’information. Nous avons des formations au niveau d’instituts et d’écoles où nous avons eu un enseignement assez rigoureux. Mais, nous sommes dans un contexte de pratique. Il y a une effervescence politique. La RTB est un outil de cohésion sociale. Nous devons continuer à fédérer l’ensemble des burkinabè autour de points précis, agir pour le développement du Burkina. Si de par nos comportements, en tant que spécialistes de la communication, nous contribuons à créer des fractures sociales, nous n’avons pas assumé notre mission. Nous n’avons pas été suffisamment responsables. Au-delà naturellement du respect que nous pouvons avoir pour les convictions politiques et idéologiques de chacun de nous. Mais, ramener au contexte professionnel, une présentation d’un journal en radio comme en télévision devrait comporter les valeurs d’un média public. Il n’y a pas une information partisane. Nous sommes dans un contexte d’acteurs de l’information où nous devons respecter certaines valeurs. C’est être professionnel, avoir un regard pointu sur les questions d’éthique, de déontologie et l’équilibre de l’information. L’autorité de régulation attire notre attention par moment si le constat est que nous n’avons pas respecté telle close ou telle autre. Si le constat est fait, nous n’hésitons pas à faire des rappels.

Mais, dans un contexte assez précis comme celui-là, en public comme en privé, nous ne pouvons pas être des acteurs d’une démobilisation populaire. Nous ne pouvons pas être des acteurs d’une fracture sociale. Le contexte de médias public, c’est vraiment ce rôle. Ce n’est pas autre chose. Mais, une fois de plus, avec un immense respect pour les convictions idéologiques des uns et des autres.

Est-ce que vous subissez des pressions politiques actuellement ?

Pas du tout. Mais, nous comprenons que le jeu de chaque parti politique est d’avoir le meilleur parti. Et en ce moment, c’est à nous de réguler. L’autorégulation permet de traiter l’actualité comme il se doit et avoir souvent réponse adéquate si jamais nous sommes interpelés par un parti politique ou par un autre.

Vous avez tantôt du régulateur qui vous interpelle parfois. Le CSC dont vous parlez vient d’avoir une nouvelle présidente, que pensez-vous d’elle ?

D’abord permettez-moi de féliciter la nouvelle présidente que je connais bien depuis l’université. Une dame bien battante qui adore le travail, qui adore les défis. Je pense qu’avec son équipe, elle devrait pouvoir relever d’importants défis. C’est une institution qui fait face à de nouveaux défis. Les enjeux du moment, c’est le processus de transition vers la télévision numérique de terre, c’est des échéances électorales en prévision, c’est les missions même du Conseil supérieur de la communication à mettre en route de manière très adroite. Donc, je comprends que l’équipe arrive aussi à un moment où de nouveaux chantiers se présentent à elle. Nous ne pouvons que les encourager, exprimer notre disponibilité à accompagner et surtout à garder une oreille attentive par rapport à des écueils que nous serions amenés à régler. Nous leur souhaitons tous le meilleur.

Qu’attendez-vous d’elle ?

J’attends de la nouvelle présidente la même disponibilité, une même présence pour les convictions qu’elle aura à porter et une ferme détermination à relever les défis qui sont nationaux. Le CSC a atteint un niveau de développement, de positionnement tel qu’il n’a pas le choix que de maintenir si non d’aller beaucoup plus loin. C’est vrai qu’il y a eu un énorme travail qui a été fait sur le positionnement du CSC, sur le plan institutionnel, sur le secteur même de la communication où les acteurs ont adhéré à ce formidable outil. L’aspect régulation s’est toujours fait dans une démarche très pédagogique et pas véritablement de grosses sanctions. Tout ça a contribué à accompagner les acteurs du secteur de la communication dans un processus d’apprentissage, dans un processus de qualité d’écoute, dans un processus d’accompagnement pour l’amélioration des prestations des uns et des autres. Je crois que cette patience, si elle est portée également par la nouvelle équipe, ça pourrait nous amener à être plus respectueux des prescriptions de la loi. Parce que c’est une responsabilité sociale vis-à-vis des citoyens. Nous savons qu’en public comme en privé, en tant que professionnel de l’information et de la communication, on ne peut pas heurter des sensibilités, des susceptibilités de par notre fait.

On est désormais habitué aux rentrées RTB, où est-on avec les préparatifs de la prochaine rentrée ?

La rentrée RTB 2014 aura lieu à Dédougou, chef-lieu de la région de la Boucle du Mouhoun, ville hôte des festivités du 11 décembre prochain. On pense le faire en fin novembre, l’adosser au 11 décembre. Ça nous donnera le temps sur une bonne dizaine de jours, d’être à Dédougou et de nous préparer à accueillir le 11 décembre en faisant naturellement le travail de traitement de l’information au profit des préparatifs du 11 décembre.

Avec un menu qui va nous permettre de donner plus de visibilité à la région avec tout le potentiel disponible. Les burkinabè resteront à l’écoute de l’actualité en provenance de la Boucle du Mouhoun. Mais, naturellement avec un travail de préparation qui va nous permettre de porter l’information au-delà des frontières de la région de la Boucle du Mouhoun. Ce moment de célébration va nous permettre de procéder au lancement officiel de la RTB2-Boucle du Mouhoun à travers la plateforme que nous avons mise en place qui a été expérimentée à Tenkodogo et à Ziniaré. Dédougou aura également cette plateforme de travail, en mettant à la disposition des téléspectateurs et des auditeurs un plateau culturel représentatif du potentiel culturel et artistique de la région de la Boucle du Mouhoun.

C’est un menu qui est un prétexte pour nous pour parler des cultures, programme que radio Burkina-Boucle du Mouhoun et la future télévision-Boucle du Mouhoun auront à présenter à leurs téléspectateurs, à leurs auditeurs à l’échelle de la région. C’est un ensemble d’activités que nous allons piloter, parler de la préoccupation des archives à l’occasion et lancer d’autres initiatives comme « 24h au Faso » qui va revenir. Voilà à peu près une esquisse.

Dans les semaines qui suivent, nous allons décliner un programme plus officiel parce que nous aurons eu le temps de capitaliser la disponibilité d’un certain nombre de personnalités que nous souhaitons voir à nos côtés pour nous prêter leur onction et surtout nous permettre d’avoir un agenda qui soit pleinement à la hauteur des attentes du public.

Quelles sont les perspectives pour permettre à la RTB de rayonner davantage dans les années à venir, en cette période où la concurrence s’accroit ?

Rester toujours leader, c’est une conviction. La politique nationale de communication qui est un des dispositifs clés du département de la communication garde le sens de ce que la RTB doit traduire en tant que structure relevant du ministère de la communication. En même temps, la politique nationale de communication fait partie du dispositif sectoriel et se décline à partir de la SCADD. Il y a de grands enjeux de développement pour le Burkina. La RTB est-elle suffisamment représentative de la manière dont elle porte les politiques publiques ? C’est ça qui constitue le sens de la mise en œuvre de nos missions. Donc, nous n’avons même pas le choix que de construire une étoffe de leader.

Quand vous voyez le déploiement en région aujourd’hui, ça correspond à une ambition d’être beaucoup plus proche de notre public. Etre beaucoup plus proche, c’est nous donner les moyens de porter de la production. Mais aujourd’hui, avec le processus de la transition vers la télévision numérique de terre, la composante diffusion est portée par la société burkinabè de télédiffusion. Ce qui impacte sur notre dispositif institutionnel.

Pour répondre à notre nouveau statut d’éditeur de services, nous allons nous consacrer beaucoup à la production des contenus pour alimenter les grilles de programme radio et télé et être beaucoup plus en phase avec les attentes citoyennes. Ces grilles de programme prennent en compte des recommandations issues du sondage d’opinion que nous avons réalisé en 2013, grâce à la contribution de l’Institut national des statistiques et de la démographie. Ce sondage a été très révélateur des attentes citoyennes. Et à ce niveau, en relisant l’organigramme, nous avons intégré certaines données et nous avons décidé de créer une direction de la production. Nous allons ériger le service de production en direction et nous donner les moyens de faire de la production une filière à part entière.

Quand on mesure le potentiel disponible dans cette maison, c’est des réalisateurs pétris d’une expérience de 20 années de carrière en moyenne. Certains d’entre eux sont sur des tableaux d’honneur de grands festivals et de foras dans le monde. C’est des consultants à l’heure actuelle. Donc, c’est des ressources humaines de qualité disponibles. Que ce soit des réalisateurs, des cameramen, des monteurs et les journalistes naturellement. Nous sommes un pays dit de cinéma. Il y a des sociétés de production privées. Nous avons des aînés au cinéma qui ont parcouru le monde et qui ont porté l’image du Burkina en véritable ambassadeur parce qu’ils ont signé des œuvres de qualité, en documentaire comme en fiction.

Alors, la RTB va se donner les moyens à travers la direction de la production, de lancer des initiatives multiples et multiformes. Nous avons l’intention de lancer un concept Sénior qui va être un appel à projets qui s’adresse aux aînés des cinéastes, qui sont disponibles, qui intègrent le concept de la télé et qui vont faire de la production pour nourrir nos grilles de programme.

Nous allons nous donner les moyens de lancer un concept Junior qui s’adresse aux jeunes, notamment les étudiants sortis de ISIS studio école, qui sont sur le marché, qui n’ont pas les moyens d’apposer une signature sur ce qu’ils ont appris. Nous allons nous donner les moyens de monter un projet à leur intention sous forme d’appel à projets pour produire des documents, des films pour nourrir la grille des programmes de la RTB. Sans oublier le potentiel disponible en interne qui devrait nous permettre de faire la production de qualité. La RTB va se donner les moyens de s’adresser à tous les acteurs disponibles et voir comment nous pouvons en convergence porter des projets et permettre que des productions soient disponibles sur nos antennes.

Un autre aspect, c’est les partenaires. Le monde des affaires voit le monde audiovisuel de façon lointaine, mais il y a une qualité d’approche qui n’est peut-être pas disponible, mais depuis que nous sommes à la tête de la direction générale, nous évoluons par petites touches. Mais, c’est des petites touches qui concernent la signature de convention, la signature de protocoles de partenariat. Cela nous donne les cadres formels, avec les acteurs clés du développement, les acteurs clés de l’économie et nous permettent de porter des projets sur une durée précise, avec des engagements précis à honorer. Et ces engagements vis-à-vis des partenaires nous imposent une certaine discipline, nous impose une certaine rigueur, nous impose une certaine organisation. Donc, en même temps, nous permet de jouer dans la qualité du respect du temps…

Un autre élément de nos engagements pour répondre aux attentes citoyennes, c’est comment diversifier l’offre de programme. Une télévision publique est généraliste. Donc, elle doit contenter « monsieur tout le monde ». Comprenez que c’est immense comme tâche. A la limite, ce n’est peut-être pas toujours possible.

Donc, nous avons pensé qu’il était extrêmement important, avec l’accompagnement du ministère de tutelle, de créer trois chaines thématiques qui seront au côté des 13 RTB2 et de la télévision historique. La chaine thématique, « RTB-Information », va s’intéresser à l’information en continu. La 2e chaine thématique, « RTB-sport et loisirs », prendra en compte tous les sports toutes disciplines confondues (football, cyclisme, boxe, handball, basketball, volleyball, arts martiaux…).

La troisième chaine thématique que nous allons créer, c’est « RTB-culture et découvertes ». Le Burkina est un pays de tradition et de culture, d’accueil et de culture. Mais, la télévision historique n’a pas suffisamment le temps de présenter l’essence et l’essentiel de ce que représente la culture nationale. Cette chaine pourra le faire.

A vous suivre, la RTB est un dispositif énorme en construction….

A terme, la RTB va être un groupe qui va comporter 45 dispositifs : radio Burkina, TNB, web-RTB, 13 RTB2 (dans chaque région, il y aura une composante radio, télé et une composante web-diffusion), et les 3 chaines thématiques. Ça fait 45 outils d’information et de communication. Voilà ce que représente le futur groupe qui est en construction aujourd’hui.

Nous pensons que l’avenir du Burkina se construit aujourd’hui. Et nous invitons les uns et les autres à mettre la main à la patte. Et à cela, quelle que soit l’énergie à déployer, nous allons être toujours présents pour convaincre, pour traduire les attentes. Nous sommes dans un contexte où la TNT va nous obliger à arrimer un multiplexe. Ce multiplexe est comme un boulevard où tous ceux qui ont la possibilité de bouger vont s’y retrouver.

Nous n’aurons plus ce privilège d’avoir un taux de couverture nationale par rapport aux autres chaines de télévision qui sont dans les localités comme Ouaga, Bobo. Le multiplexe permet de porter tout le monde, et la RTB et toutes les autres chaines avec la même capacité d’accès du public-cible. Donc, il est nécessaire de revisiter nos méthodes de travail, se rendre beaucoup plus disponible, d’être plus complice.

Notre raison d’être, c’est le public. Une administration qui se veut responsable n’a pas d’autre choix que d’offrir une qualité organisationnelle qui permette à la structure de porter les leviers qui lui permettent d’afficher ses ambitions. Et, en ce moment, nous comprenons que le logiciel mental de chacun de nous est à revisiter pour intégrer une nouvelle volonté. La RTB d’aujourd’hui n’est pas celle de 1959 quand on créait la radio, ni celle de 1963 quand on lançait la télévision du Burkina. La RTB d’aujourd‘hui est dans un contexte socio-politique, dans un contexte économique sous régional marquée par l’intégration.

Donc, il faut organiser un socle administratif qui nous permette de porter les ambitions du Burkina d’aujourd’hui. Parce que la RTB d’aujourd’hui appartient au Burkina d’aujourd’hui. C’est pour cela que nous disons qu’en termes d’attentes, en termes d’ambitions affichées, nous devons travailler à être des complices au sein de la RTB. Parce que le métier qui est enseigné commande un esprit d’équipe. Quand on ne fait pas beaucoup attention, on met en adéquation des questions d’ordre structurel (essentiels pour porter les ambitions de la maison) et souvent des questions individuelles, des questions d’égo.

Mais, je loue véritablement la disponibilité des uns et des autres. Parce que ce travail de réorganisation ne peut pas se faire sans la contribution des uns et des autres. Ce qui est proposé pour l’avenir et qui se dessine dès aujourd’hui nécessite l’adhésion des uns et des autres parce que c’est les mêmes acteurs qui vont porter le processus. Donc, si nos esprits sont ouverts, je pense que tout peut fonctionner

Pour terminer, avez-vous un message à lancer à vos collaborateurs ?

C’est saluer une formidable dynamique interne. Nous sommes à un moment où nous sommes en pleine reconstruction et nous avons revisité l’organigramme de la RTB. Ça tranche un peu avec les habitudes. Je dis au personnel qu’il est tellement confortable pour nous de continuer à travailler comme avant. Mais, est-ce qu’on peut se passer des outils de management, des outils qui nous permettent de nous organiser plus efficaces, qui nous permettent de gagner en productivité ? Est-ce qu’on peut faire l’économie de ces outils quand on sait que le monde d’aujourd’hui va tellement vite, quand on pense qu’aujourd’hui pour une information disponible, il n’y a pas de raison qu’on mette deux jours avant de l’apporter. Aujourd’hui, nous avons besoin de bouger autrement. Et à cela, je voudrais saluer la disponibilité des uns et des autres et inviter ceux qui hésitent à se dire qu’on n’a pas le choix que de construire le Burkina Faso. Porter la RTB telle qu’elle est aujourd’hui, c’est porter le Burkina parce que la RTB est un levier de développement pour le Burkina par rapport au secteur de la communication et nous n’avons pas le choix que d’aller par petites touches parce qu’à chaque fois qu’il faut faire un pas, il faut le faire de façon mesurée, s’assurer que le pas qu’on pose est ferme avant d’entamer le second. Après évaluation, je dis : quelles que soient nos motivations, exprimons une disponibilité.

Entretien réalisé par Moussa Diallo Faso-tic.net

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