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Pierre Ouédraogo, Directeur de la Francophonie numérique à l’OIF : « Si nous n’arrivons pas à développer l’industrie numérique locale, toutes nos connexions profiteront aux autres économies »

mardi 24 janvier 2012

Il est considéré comme le père de l’Internet au Burkina. C’est lui qui, en 1997, a assuré le transfert du .bf de Montpellier à Ouagadougou. Il fait partie de ceux qui ont installé le nœud de la connexion Internet au Burkina, qui ont créé le premier site web burkinabè (www.fespaco.bf) sous la racine .bf. C’est encore lui qui a piloté l’opération ayant permis l’obtention du bloc d’adresses IP, faisant du Burkina, le premier pays de l’Afrique de l’ouest à disposer de son propre registre Internet national. Depuis 1998, celui qui est surtout connu au Burkina comme « le capitaine Pierre Ouédraogo » depuis l’époque de la révolution officie à la l’organisation internationale de la Francophonie.


Présent à Ouagadougou dans le cadre de l’atelier régional de l’AFTLD sur la gestion des noms de domaines, organisé par l’ARCEP, nous nous sommes entretenus avec lui. Le nom de domaine et ses différents contours, la gestion du .bf, la connectivité de l’Afrique, l’arrivée de l’Internet au Burkina, la gestion des contenus, bref aucune question n’est taboue avec ce pionnier des TIC en Afrique.

Présentez-vous aux internautes du Faso.net ?

Je suis le directeur de la Francophonie numérique à l’organisation internationale de la Francophonie où je suis arrivé à la suite d’un concours, après un passage à l’ONATEL. J’ai une formation d’officier supérieur de l’armée burkinabè. J’ai un diplôme d’ingénieur de l’Université de Ouagadougou, un diplôme en administration des entreprises à l’université catholique de Louvain en Belgique et un DESS en informatique de gestion de la même université.

Vous êtes à Ouagadougou dans le cadre d’un atelier sur les noms de domaine ; que faut-il entendre par nom de domaine ?

Les noms de domaine sont des alias de numéros. L’être humain a des difficultés à retenir les numéros. Par contre, les noms qui sont dans le langage naturel sont plus faciles à retenir puisque les gens s’expriment dans les langues comme le Français, le Dioula, le Mooré ; ils ne s’expriment pas en chiffres. Mais, les machines, elles, ne comprennent que les chiffres. Donc, il fallait trouver une concordance entre ces deux problématiques afin de permettre que les hommes et les machines puissent se parler facilement. Le DNS (Domain Name System) permet de faire cette liaison entre les chiffres purs et les noms.

Le nom de domaine, c’est donc un identifiant sur Internet. C’est comme une carte d’identité sur Internet. C’est un emblème, c’est aussi la traduction des marques. Cet identifiant du point de vue technique aide à cacher derrière l’ensemble des autres machines qui parlent un autre langage avec des numéros. Mais, il y a une correspondance entre les deux. Cette correspondance est faite dans le DNS (Domain Name System). Donc, d’un côté on a des machines qui ne sont connues sur Internet que par leurs numéros et qui conversent entre eux par numéro et de l’autre côté, on a des êtres humains qui ne parlent que le langage naturel.
En d’autres termes, le nom de domaine est le langage qui permet aux hommes de parler aux machines.

Comment acquiert-on un nom de domaine ?

Quand c’est des registres totalement automatisés comme le .org, vous allez sur un registre Internet comme Gandi par exemple, avec votre carte de crédit ; vous pouvez créer le nom de domaine dans la journée. Il sera opérationnel dans quelques heures. Mais il faut vérifier auparavant que le nom que vous voulez n’est pas pris par quelqu’un d’autre. Ce serait quelque chose de possible au niveau du Burkina. Même s’il n’y a pas de carte de crédit, on pourrait mettre un système qui permet de faire les virements avec les banques. Ça c’est des ententes à faire. On pourrait virer à partir de sa banque, remplir le formulaire et les deux informations se croisent électroniquement et puis votre nom de domaine est créé sans que vous n’ayez à vous déplacer comme c’est le cas actuellement. Avec l’automatisation qui est envisagée, vous devez être à mesure de trouver des solutions locales qui permettent de le faire tranquillement à partir de chez soi sans bouger.

Quel est l’importance pour un pays d’occuper ses espaces réservés ?

Les noms de domaine sont une ressource Internet critique. C’est une ressource au même titre que les fréquences, l’eau, le pétrole, l’or… Ce sont des ressources qui ne sont pas inépuisables. Par exemple, en ce qui concerne les adresses par numéros, il y avait une version IPV4 qui, actuellement est en train d’être épuisée. On passe donc à la version IPV6. Quand on commençait le nœud Internet au Burkina, on avait pris un bloc et ce bloc a suffi jusqu’à présent. Mais pour le futur, ce ne sera plus suffisant. Il faudra passer aux adresses IPV6. L’ONATEL a fait acquisition d’un bloc IPV6. Au niveau des noms, c’est pareil. Avec le .bf, on ne peut avoir qu’un seul nom en .bf par exemple, si j’enregistre www.ouedraogo.bf, plus personne d’autre dans le monde ne peut avoir www.ouedraogo.bf.

C’est des ressources qui sont rares et c’est le premier venu qui va enregistrer. Ce qui fait que ceux qui ont des marques déposées ont intérêt à enregistrer leur .bf pour garantir que quelqu’un d’autre ne le prenne pas, surtout pour les entreprises. A partir du moment où quelqu’un a enregistré le diallo.bf, il n’y a plus personne d’autre qui puisse l’enregistrer.

Quel est l’intérêt de bien géré ses noms de domaine ?

L’identification est unique. Donc, il est important de bien gérer les DNS pour que ça serve la politique nationale. Le nom de domaine Internet national, c’est aussi l’emblème sur Internet, c’est-à-dire que s’il est mal géré, s’il est utilisé par des cybercriminels, si ce n’est pas bien organisé à l’intérieur, ça amène un désordre dans l’écosystème Internet national. Par exemple, le niveau de développement d’un pays peut se mesurer aussi rien que par les cartes de visite de ses responsables. Quand vous avez des responsables dans un pays dont les adresses ne se terminent pas par l’extension du pays, (.bf dans le cas du Burkina), il y a quand même un problème. C’est un indicateur sur le niveau de développement Internet dans le pays. Normalement tous les membres du gouvernement, toutes les grandes entreprises burkinabè devraient avoir leur adresse qui se termine par .bf. Mais ce n’est pas le cas. Ce qui veut dire qu’il y a encore beaucoup de choses à faire aussi bien du côté du .bf que du côté de nos systèmes de messagerie pour que nos adresses reflètent notre pays, notre souveraineté. Par exemple, il y a beaucoup d’entreprises burkinabè qui ont des noms de domaine qui se terminent par .com, .org, .net. On ne sait même pas qu’elles sont burkinabè.

Qu’est-ce qui, selon vous, explique cet état de fait ?

Pour que cela se réalise, il faut que le .bf soit stable, sécurisé, bien géré, que lorsqu’on le demande, qu’on puisse l’avoir rapidement parce que quand on fait des affaires, on n’a pas le temps d’attendre. Souvent la différence qu’il y a entre les registres africains nationaux et les autres, c’est le délai. Parce que ce n’est pas automatisé, donc on prend beaucoup de temps. Les procédures administratives sont longues, une partie est parfois manuelle. On peut faire deux semaines sans avoir son nom de domaine qui marche, parfois plusieurs mois. Alors que lorsqu’on va en ligne avec le .com et les autres, on peut avoir le nom de domaine opérationnel en moins de 24 heures. C’est donc un défi pour nous en Afrique d’arriver à ce que nos délais soient des délais internationaux.

Il y a aussi un enjeu au niveau des prix. Actuellement le .bf est facturé à 35 000f CFA pour sa maintenance annuelle, soit environ 55 euros. Alors que la plupart des registres sont entre 12 et 15 euros au niveau mondial. Ça fait que si je dois choisir entre le .bf et une autre extension, il y a un critère économique qui est là. Par exemple, j’ai le www.ouedraogo.org qui est enregistré, je paie 12 euros par an. Mais, si je dois prendre le www.ouedraogo.bf, on va me demander de payer 55 euros. Si je fais le calcul, il y a des chances que je reste là où c’est moins cher et où on m’offre peut-être des services en plus.

Ce qui veut dire qu’il y a tout un marché à développer. Et le développement de ce marché suppose une politique marketing. Comme l’Internet est ouvert, je peux enregistrer partout où je veux. Il n’y a personne qui m’oblige à faire mon enregistrement sur le .bf. Cette liberté de choix, lorsque je vais l’exprimer, je vais l’exprimer en fonction d’un certain nombre de critères et le critère économique est parfois déterminant.

En dehors du déficit de politique marketing, est-ce que le .bf est techniquement bien géré ?

De ce côté, je pense que nous pouvons être fiers. Au niveau du Burkina Faso, le .bf est stable depuis son installation en 1997. Il n’y a jamais eu de coupure, ni de problème quelconque au niveau du .bf. Je ne dirai pas la même chose pour d’autres pays africains pour lesquels, à l’heure où je vous parle, le nom de domaine ne fonctionne pas. Nous n’avons pas eu ce problème parce que tout simplement, dès le départ, il a été bien géré, intégré dans les missions de Fasonet. Il y a eu des ingénieurs compétents qui s’en sont occupés avec une grande confiance. Donc il fonctionne normalement. Maintenant le problème qu’il y a, c’est son développement du point de vue marketing, du point de vue politique. Qu’est-ce qu’on va faire pour, qu’au lieu de 1000 enregistrements, on arrive à 4000, 5000, voire 10 000 enregistrements. Ce qui sera aussi un indicateur de développement du numérique au Burkina. Ce n’est pas un problème technique à la base, c’est un problème politique et commercial.

C’est d’ailleurs vous qui aviez assuré le transfert du nom de domaine .bf de la France au Burkina en 1997, à un moment où on ne parlait pas beaucoup d’Internet, parlez-nous de cette expérience ?

Nous avons procédé à l’installation du nœud en février 1997. La connexion à l’Internet en elle-même s’est faite en décembre 1996 à la veille du sommet France-Afrique. L’équipe de RFI qui devait venir devait se connecter et on a réalisé une connexion qui était assez bricolée avec un routeur et quelques modems. La liaison venait du centre satellite de Somgandé. Le vrai nœud lui-même n’a été mis en place qu’en février 1997 et c’était à la veille du FESPACO. On a mis en ligne immédiatement le www.fespaco.bf qui était le premier site Internet qui a été visible de l’extérieur et qui prouvait que le Burkina Faso était connecté. Aussitôt notre pays présent sur Internet, on s’est dit qu’il faut qu’il y soit correctement et entièrement avec une appropriation totale de l’ensemble de ce qui est nécessaire pour son infrastructure. Il y avait deux problématiques et on les a résolues dans les mois qui ont suivi.

Quelles étaient ces problématiques, et comment les avez-vous résolues ?

Il y avait le problème du nom de domaine qui était hébergé à Montpellier en France et il nous fallait aussi un bloc d’adresses.
Pour ce qui concerne le nom de domaine .bf, nous avons pris contact avec l’ORSTOM, l’actuel IRD. Nous avons collaboré et nous l’avons transféré au mois de mars 1997 sur les machines de l’ONATEL au Burkina Faso. Nous avons, dans la même lancée, commencé les démarches pour avoir un bloc d’adresses. Le bloc d’adresses IP que vous utilisez actuellement a été acquis en 1997. On a engagé les démarches avec le registre Internet européen (RIPE). Cette démarche nous a permis d’être les premiers en Afrique de l’Ouest à disposer de nos propres adresses IP. On utilisait les adresses de l’opérateur canadien TELEGLOBE uniquement pour l’interface. Mais les numéros des machines qui étaient à l’intérieur du pays étaient dans un bloc qui était du ressort du Burkina Faso.

Pour l’équation bloc d’adresses, vous aviez opté pour une solution payante au lieu de prendre gratuitement les adresses chez l’opérateur canadien TELEGLOBE, pourquoi cette option ?

TELEGLOBE pouvait nous fournir gratuitement des adresses, mais le jour où on change d’opérateur il fallait rendre ces adresses. Nous avions dit qu’il n’était pas possible que nous fassions de notre pays un client captif d’un opérateur. Nous ne pouvions pas placer le pays dans cette dépendance vis-à-vis d’un fournisseur. C’est pour cette raison que nous avons commencé les démarches et nous avons acquis le bloc qui a permis qu’aujourd’hui l’ONATEL ait acquis un deuxième bloc et ça ne pose aucun problème. A la base, nous avons tenu compte du fait que nous devons exercer une pleine souveraineté sur l’identification de nos machines et on ne pouvait pas dépendre de quelqu’un pour ça.

L’acquisition de ce bloc d’adresses faisait du Burkina le premier pays de l’Afrique de l’Ouest à disposer de son propre bloc d’adresses IP ; avec le recul, dites-nous à quoi a servi ce rôle de pionnier du Burkina ?

Cela a permis par la suite, quand j’ai rejoint la Francophonie, que je puisse aider les autres pays africains à le faire et aussi à accompagner le projet AFRINIC qui est le registre régional africain pour les adresses IP qui est basé à l’île Maurice et qui se positionne comme l’un des cinq registres mondiaux. L’expérience du Burkina a été importante pour ça. Sans que vous ne le sachiez, nous avons contribué au niveau africain à renforcer la souveraineté africaine sur ces ressources à un moment où personne n’en parlait. C’est à partir de 2003, à la première phase du sommet mondial de la société de l’information que le problème de ressources critiques Internet a commencé à être soulevé par la communauté internationale. Mais déjà en 1998, sous l’impulsion de la Francophonie et du PNUD, l’Afrique s’était déjà réunie pour mettre en place AFRINIC afin d’être autonome. Aujourd’hui en ce qui concerne les adresses au niveau mondial, l’Afrique s’assoit à la même table que les autres régions et à égalité dans ce qu’on appelle le NRO (Name ressource organisation) qui coordonne les adresses par numéro au niveau mondial.

Le Burkina, premier en Afrique de l’Ouest à avoir un registre national Internet, comment expliquez-vous qu’il y ait à peine 1000 noms de domaine en .bf jusque là ?

Il y a deux facteurs. Le premier, ce sont les lourdeurs administratives. C’est resté très administratif, entre les mains de la Délégation générale à l’informatique (DELGI) et puis après le ministère quand la Delgi a été intégrée au ministère. Il fallait remplir un formulaire, aller le déposer et vous ne pouviez pas prédire combien de temps cela allait prendre. Quelqu’un qui est pressé de mettre son site en place, il va choisir la solution pour laquelle les délais sont prédictibles. Ça, c’est un élément qui agit.

Le deuxième élément, c’est la politique nationale des contenus. S’il y avait eu une politique volontariste nationale comme on le voit dans certains pays comme le Kenya, au niveau des contenus, nécessairement ça allait impacter sur le .bf. En général les gens ont besoin du .bf pour faire des sites d’entreprises, des sites personnels, des sites d’institutions, des sites d’associations, pour faire le courrier électronique. Il faut que ça réponde à leur besoin. Donc, il faut développer les e-services.

C’est un indicateur que les services de proximité qui concernent le citoyen ne sont pas ultra-développés. Si au niveau des différentes sociétés, le commerce en ligne est développé, ils auront besoin de ça pour faire les commandes, pour faire le « B to B ».
Donc, c’est un indicateur en même temps de développement économique. Et cet indicateur est extrêmement important parce qu’avec la crise mondiale actuelle qui frappe l’ensemble des pays, on a observé qu’en 2011, la plupart des points de croissance sont expliqués par la croissance des services numériques au niveau des grands pays. C’est ce secteur qui emmène des emplois, qui emmène de grands trafics avec le commerce électronique, avec les services en ligne, les impôts en lignes… C’est ça qui tire l’économie vers l’avant.

Si les grands pays développent le numérique, ce n’est pas pour rien. C’est pour que la croissance économique soit au rendez-vous pour maintenir l’essentiel de leur niveau de développement. Si nous n’arrivons pas à développer l’industrie numérique locale, nous serons connectés avec de grands tuyaux mais en fait, toutes nos connexions profiteront aux autres économies. Si on veut que ça serve notre économie, il faut qu’il y ait des contenus locaux, des services locaux. Il faut que ça serve à l’éducation, au commerce, à la santé, à l’administration, au citoyen.

Le développement des e-services passe par une bonne connectivité du pays. Pourtant, le Burkina ne dispose pas de points d’atterrissage de câbles sous-marins même si l’essentiel de sa connexion Internet est faite à base de fibre optique…

Au niveau des infrastructures, de gros efforts ont été réalisés ces dernières années. La connexion s’est améliorée et les projets en cours sont absolument rassurants. Je pense qu’à ce niveau, nous ne pouvons pas nous plaindre. Par contre, une fois que les projets en cours seront terminés, si nous n’avons pas pris les dispositions pour les contenus, on aura mis de grands tuyaux pour rien qui ne vont pas servir notre économie. Ça va servir à des gens pour des communications à l’extérieur mais pas pour l’économie à l’intérieur. Donc il faut, avec cet ensemble de tuyaux, avoir une bonne politique des contenus.

Avec le projet de l’union africaine pour l’interconnexion de l’ensemble des pays africains qui avance, le problème de connectivité est en train de se régler. Partout où il existe des fibres, il prend ça en compte. Là où ça n’existe pas, il essaie de pousser à des projets pour que chaque pays soit, au moins, connecté à deux fibres optiques à l’Internet pour pallier les situations où une fibre peut être coupée. Ce projet est d’ailleurs coordonné par notre compatriote Zouli Bonkoungou au niveau de l’UA.

Il y a le dernier câble qui est posé depuis l’été, il s’agit du câble ACE posé par Orange qui va traverser le Burkina pour aller jusqu’au Niger. Les possibilités se mettent en place et le secteur privé est extrêmement dynamique là-dessus et je pense qu’avec les efforts que fait actuellement l’UA, nous pouvons être optimistes.

Ce projet prend-t-il en compte la gestion des contenus ?

Au niveau des contenus locaux, c’est nous qui devons le faire. Personne d’autres ne peut se substituer aux Burkinabè pour désigner leurs besoins, pour créer, pour innover, s’approprier des technologies qui sont nécessaires pour faciliter la vie des Burkinabè, pour les aider à résoudre leurs problèmes quotidiens à partir du numérique. C’est nous qui devons le faire pleinement. Ce ne sera fait que si des efforts sont faits au niveau de l’éducation, l’éducation numérique notamment avec les logiciels libres. Il y a plusieurs solutions libres qui permettent d’entrer facilement dans l’industrie du numérique sans devoir dépenser des sommes folles. Mais pour ça, il faut que des gens soient formés.

Actuellement, on ne devrait pas avoir des gens qui sortent des écoles de communication avec des mastères et ignorer les technologies web. Il y a des efforts importants à faire du côté de l’éducation aussi bien formelle que la formation continue parce que les technologies avancent très rapidement. C’est un enjeu d’autant plus important que la société de l’information est par moment appelée société de la connaissance, c’est-à-dire que la matière première essentielle, c’est la connaissance et la connaissance s’acquiert par la formation. C’est ce qu’il faut à la jeunesse burkinabè, aux entreprises burkinabè pour mettre les services à disposition comme on voit dans certains pays comme le Kenya, le Rwanda où un important effort a été fait à ce niveau. Une fois les gens outillés, ils se mettent à créer. Les gens n’ont pas d’ordinateurs mais ils ont le mobile de plus en plus intelligent et de moins en moins cher. Plutôt que de développer les terminaux que les gens n’ont pas, on met la priorité sur ce que les gens ont dans les villages.

Ici par exemple avec le réseau EDGE, qui est développé en attendant la 3 G, ça permet d’avoir des nouvelles applications mobiles. C’est facile en ce moment de faire des applications en langue nationale puisqu’il y a la couverture GSM sur l’ensemble du territoire. Mais là, ce ne sont pas des sociétés américaines ou européennes qui viendront développer ces solutions, mais c’est nous.

Au début, on avait peur que les multinationales n’écrasent totalement. Mais, il y a une marge de manœuvre au niveau local où elles ne peuvent rien faire. Il faut qu’on le fasse pour qu’elles ne viennent pas le faire à notre place. Ça nous permet d’avoir des entrepreneurs nationaux qui vivent de cela et dont la richesse profite à l’ensemble de la nation parce qu’ils vont embaucher des gens, payer des impôts et peut-être vendre des services dans les pays voisins et ça nous rapporte de l’argent. C’est aussi ça l’intérêt du numérique. C’est en ce sens que le changement opéré au niveau du gouvernement en 2011 est extrêmement important. Le fait d’appeler ministère de l’économie numérique montre l’ambition de ne pas se contenter de connecter les gens pour qu’ils aillent faire seulement du hotmail.

Les noms de domaine n’étant pas inépuisables, le .bf peut-il être saturé un jour au point que le Burkina soit obligé de trouver une autre extension ?

La réponse est oui et non. Je commence par le non qui est le plus important. Le bf vient d’une liste des codes de pays adoptée par l’ISO (Organisme international de normalisation) qui, avant même l’existence de l’Internet avait arrêté les codes pour les pays. Dans le cas du Burkina Faso, c’est le bf suite au changement de nom de pays. Avant c’était hv pour Haute-Volta. L’ISO maintient aussi une liste de trois lettres par pays. Les trois lettres pour le Burkina, c’est BFA. Donc les noms de domaine Internet nationaux sont actuellement basés sur la liste de l’ISO pour les code de pays. Par exemple, le code du Benin est bj parce que be était déjà pris par la Belgique. Ça fait qu’il y a des limites. Cette limite fait que dans certains pays, ils font ce qu’on appelle les domaines de 2e niveau pour décupler un peu les domaines d’enregistrement. Par exemple, au Burkina on a le gov.bf et les ministères et institutions vont se mettre sous le .gov. Il y aura plus tard defense.bf ou mil.bf pour militaire et toute la défense nationale va se mettre derrière. Ce qui fait des économies sur le .bf. Si tous devaient se mettent sous la racine .bf, ça encombre davantage.

La 2e réponse est oui parce qu’actuellement il y a une nouvelle évolution technologique au niveau des noms de domaine Internet qui permet l’enregistrement des noms de domaine Internet nationaux en IDL. Les IDL, c’est la prise en compte des caractères internationaux parce que la liste à deux lettres qui est actuellement utilisée pour les noms de domaine Internet nationaux est basée sur des caractères ASKY, c’est-à-dire les caractères qu’on voit sur le clavier. Par exemple pour la Chine, c’est le .cn qui ne veut rien dire en chinois. Donc les chinois ont demandé une extension en chinois. Ce qui fait deux extensions pour eux.

Au niveau du Burkina, on peut demander à ce que le .bf soit décliné en langue nationale avec des caractères qui ne sont pas des ASKY. Dans ces conditions, on pourrait demander un, deux, voire trois de plus mais il y a des limites. Le dernier cas qui a eu lieu en 2011, c’est celui de la Bulgarie qui ne pouvait pas avoir .br parce que propriété du Brésil. Elle a donc demandé le .br avec le b cérylique mais il y a des risques de confusion avec le .br du Brésil. Donc ça a été refusé pour des raisons de sécurité. Si non il y a ce créneau qui est ouvert. L’Egypte par exemple a demandé le .egypte en Arabe en plus du .eg.

Interview réalisée par Moussa Diallo
Faso-tic.net

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