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Traitement de l’information au Burkina : Oser le changement

jeudi 12 janvier 2012

Un bon produit dans un mauvais emballage, c’est le pire. Par contre, un mauvais produit dans un bon emballage peut attirer tous les « clients ». En marketing cela est bien connu, dans la presse également. Les journalistes et maquettistes de la presse écrite savent qu’un bon titre à la Une du journal peut faire vendre, même si l’article dans le fond et dans la forme ne répond pas aux attentes du lecteur…dans le même sens, nos amis des autres médias (électroniques surtout) devraient revoir leur copie avec bien sûr l’avis favorable de leurs « propriétaires », nous voulons ici surtout faire référence aux médias dits d’Etat. Nous ferons référence au traitement de l’actualité à travers deux sujets importants. De quoi s’agit-il ?


1. Le conseil des ministres.

C’est une des activités majeure qui rythme la vie du gouvernement et qui est partagé à travers un compte rendu hebdomadaire. Il est très attendu et à une époque récente de notre pays le mercredi était un jour ou l’attention pour ce compte rendu était à son summum. La question est, comment rendre compte de cette activité majeure du gouvernement sans lui faire perdre son contenu, sa saveur, son intérêt ? Prenons pour exemple les deux dernières semaines du moins de décembre 2011, les deux derniers mercredi, pour rester précis.

L’avant dernier conseil des ministres diffusé à la RTB (TV) a duré plus de 20 minutes pour un journal dont la norme est de 30 minutes. Le dernier conseil des ministres lui aurait occupé 41 minutes, plus de temps donc que le temps total imparti à un journal tout entier. Quelques-uns diront, les normes, oui les normes. Mais que peut-on faire si les normes n’existent pas. Ceux qui les ont inventés se sont référé à des éléments importants parmi lesquels, l’attention. Après 30 minutes, votre niveau de concentration baisse, votre intérêt donc.

Quel était le contenu de ces comptes rendus du conseil des ministres ? Il y a toujours des sujets d’intérêt national, des questions de haute importance. Mais en matière de traitement de l’information on dit tout simplement, ce qui intéresse le public dit être la priorité et il faut savoir le rendre.
Juste deux petits exemples. Dans le compte rendu il était question d’achat de véhicules 4X4 pour un certain nombre d’institutions du pays. Quand le compte rendu est lu de manière linéaire, que dire d’une telle information. Elle est certes intéressante, mais pour qui ? L’Etat renouvelle son parc automobile, super…il n’y a que deux parties qui sont dans le bonheur. Ceux qui seront attributaires du marché et ceux qui auront le plaisir d’utiliser ces véhicules flambants neufs, payés par le contribuable pour les dirigeants.

Second exemple, les nominations de membres au sein des conseils d’administration et celles de préfets….que dire. C’est tout simplement ennuyant. On vous débite une liste de noms, de numéros matricules…et de lieux d’affectations. C’est bon pour de la géographie et du tourisme. A l’occasion on entend des noms de structures de l’Etat, de département et l’on découvre des prénoms cachés. A part ça, franchement, le citoyen qui n’a pas mangé toute la journée cherche à faire autre chose…de plus utile.

Gardons en mémoire les premières phrases du compte rendu… ». Le conseil s’est réuni de 9h à 14h30…. » C’est juste bon pour les archives. Le grand public n’y accorde aucun intérêt. C’est le contenu des mesures et non le temps qu’il a fallu mettre pour adopter les dossiers qui compte.

2. L’actualité

Au cours des mêmes deux semaines avant la fin du mois de décembre 2011, nous avons été soumis à situations qui méritent analyse. Le même jour dans la même édition du Journal Télévisé (JT) de 20 heures, une édition qui doit en principe être consacrée au maximum de son contenu à l’actualité nationale, un traitement hors pair pour un envoyé spécial venu du Nord.

L’envoyé, le parlementaire en question a rencontré le Président du Faso, le Premier Ministre et le Président de l’Assemblée Nationale. Trois hauts personnages de l’Etat burkinabè. Résultat, le traitement de l’information était de taille. Trois interviews du même personnage à l’issue de chacune des audiences. Mention déplorables en matière de journalisme. Qu’apprend-on dans les écoles de journalisme ? Il fallait faire une synthèse et en faire un seul compte rendu, quelle que soit l’envergure de l’envoyé spécial.

A l’opposé quel type de traitement réserve-t-on à nos dirigeants quand ils séjournent dans le Nord. Aucune chance pour eux de paraitre dans les médias, la radio peut-être, la Télé, il ne faut pas rêver. Regardez les médias du Nord, de quoi parle-t-on, de l’actualité nationale, les accidents de la circulation, des grèves, bref, du social. Il n’y a ni séminaires, ni longues audiences qui finissent par ennuyer, portant ainsi l’effet contraire de ce qui est attendu.

Nos propositions
Il faut tout simplement retourner aux bases de métier, échanger avec les supérieurs hiérarchiques pour éviter de faire perdre aux médias d’Etats, le peu d’audience qu’il leur reste, s’il en reste encore.

Pour le conseil des ministres, il est temps de revoir la copie. Depuis 51 ans, c’est la même lecture. N’est-il pas temps de le présenter autrement ce compte rendu si riche ? Même dans certains pays voisins, la lecture du compte rendu du conseil des ministres n’est plus d’actualité. Les journalistes y extraient les mesures phares et les rendent publiques, ou mieux, ils en font des sujets de reportages pour mieux expliquer au public la valeur de la mesure prise, avec intervention des différents acteurs. Là, il est important d’expliquer le bien-fondé de ce changement nécessaire et que le gouvernement accepte l’évolution, pour comprendre cette approche, sinon dans quelques années, les journalistes de médias d’Etat vont prêcher dans un grand désert. A l’heure des satellites et de l’internet, il faut savoir s’adapter et avoir le courage de laisser tomber les habitudes léguées par le colonisateur qui lui continue d’innover, d’évoluer.

Il y a quelques années déjà, les messages à l’occasion des journées mondiales, des messages lus pendant plusieurs minutes par les Ministres, ont disparu du champ des médias. Il est temps de revoir la manière de présenter le compte rendu du conseil des ministres. Les canaux de communication sont nombreux et variés comme disait lui-même, le Ministre de l’information, porte-parole du gouvernement (sur une Radio étrangère), il est temps qu’il agisse dans sa propre « cour ». Le professionnalisme dans les médias du Burkina est en train de pâlir.

Revoir la diffusion du conseil des ministres peut même aider la presse écrite à améliorer son chiffre de vente. Il est temps de laisser chaque médium jouer pleinement son rôle. On traite bien les discours du Chef de l’Etat. Alors pourquoi le conseil échappera-t-il aux lois du métier ?

Pour le traitement de l’actualité, il n’y a pas grand-chose à dire. La formation à la base doit y être pour quelque chose. Alors chers journalistes, lisez, relisez, prenez conseil, soyez créatifs, faites des propositions pour améliorer la pratique du métier qui doit s’adapter au contexte de l’évolution du monde et de chaque pays, demandez des formations pour ne pas faire du journalisme dépassé, il n’y a pas d’autre alternative. Le public aujourd’hui est ouvert et bien au fait des évolutions. Ne soyez pas les derniers à vous rendre compte que vous parlez à des publics très en avance et qui ont cessé depuis longtemps de vous écouter. Ce serait le pire.

rodneyleroy60@yahoo.fr

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